Kabbale en Ligne v.6

Traité de l’Émanation Gauche (partie 2)

Par Rabbi Isaac ben Jacob ha-Kohen

Lire la première partie

7.

À présent je vais donner quelques indices selon la tradition transmise des anciens Sages aux détenteurs de cette sagesse. Nous savons avec certitude que Rabbi Sherira[1] et Rabbi Haï[2] reçurent et développèrent cette sagesse qui leur fut transmise de rabbi à rabbi, de sage à sage, de gaon à gaon. Tous ont utilisé la connaissance secrète des Petits Palais (Hekhaloth) qui est celle des démons, afin de pouvoir s’élever sur l’échelle de la prophétie.

Il est un fait bien établi que tous les philosophes[3] s’accordent à ce qu’il n’y ait aucune entité corporelle au-dessus des sphères. Cependant, nous avons lu et vu que les érudits d’Israël diffèrent sur ce point, certains approuvant et d’autres désapprouvant les philosophes. Mais selon ce que nous avons reçu de Rabbi Sherira Gaon, et de son fils Rabbi Haï, et du vénérable traditionaliste[4] Rabbi Joseph Ibn Abitur le Grand Gaon[5], et de Rabbi Isaac Ibn Ghayyat[6] de mémoires bénies – ils tranchèrent selon ce qu’ils avaient reçu de leurs prédécesseurs, ancien à ancien, gaon à gaon, remontant à la tradition des Tannaïm[7] et des Amoraïm[8]. Ils décidèrent donc de publier selon ce qu’ils avaient reçu des anciens sages ; c’est-à-dire que ni dans les émanations primordiales ni dans celles qui suivirent, il y eut quoi que ce soit de corporel. Il n’y avait que des émanations spirituelles. Ainsi les anges créés – eux et leurs princes – et les princes de la jalousie et leurs forces sont à l’image de la forme de l’homme créé à l’image du grand feu. Même les formes des étalons de feu[9] sont des formes spirituelles, et leurs armures et leurs chariots sont un feu dévorant, d’un feu qui n’est cependant pas le feu élémental.

9.

Les quatre camps de la Présence Divine[10] ne sont rien d’autre que des émanations spirituelles, à l’image ni des corps ni des formes corporelles. Mais tous les anges ne sont pas ainsi : seuls ceux du 10e degré[11] sont similaires aux fils de l’Adam tels que vus par les prophètes selon sa stature. Tous agréent qu’ils ont une apparence bien trop imposante pour pouvoir être appréhendés.

Le prophète et visionnaire voit les différentes puissances changer de forme jusqu’à ce qu’elles se revêtent de la puissance de la forme qui lui soit visible. Ensuite elle (la puissance) prend la forme d’un ange et cette forme change devant lui et il peut alors recevoir la force prophétique. Alors les canaux spirituels sont gravés dans son cœur.

Lorsqu’il accomplit et remplit sa mission, le prophète est alors dépouillé de la puissance de la forme révélée et investie de la puissance de sa forme première. Il rejette une forme et prend une nouvelle forme. Alors tout est tissé ensemble, s’unissant et grandissant en force. Alors tous ses pouvoirs corporels reviennent à leur état premier. Et là il parle et agit comme tout un chacun. Voici donc la tradition de ces pieux hommes, puissent-ils être comptés parmi les justes.

10.

Une autre tradition qui a été transmise par les maîtres du Nom Divin[12] et selon laquelle ils ont usés des éthers démoniaques afin d’acquérir une parcelle d’état prophétique. C’est l’utilisation de l’éther de l’Unique, béni soit-Il.

Il y a encore ceux qui peuvent se transporter magiquement par l’utilisation de l’éther qui contient la connaissance secrète des démons. Il y a un grand et sage traditionaliste que nous avons rencontré à Narbonne et qui a avoué, avec d’autres, que Rabbi Éléazar de Worms, de mémoire bénie, pouvait parfois voyager sous la forme d’un nuage magique vers des lieux éloignés lorsqu’une bonne action l’y appelait. Parfois, cependant, il voyageait des jours entiers sur un animal comme tout le monde. Un jour qu’il devait opérer une circoncision dans un lieu lointain, il s’envola par le pouvoir de l’incantation habituelle. Mais il oublia quelque chose de nécessaire à ceux qui, comme lui, ont maîtrisé la sagesse et il tomba de son nuage. Il boita et nul remède terrestre ne put le soigner jusqu’au jour de son trépas.

11.

Selon la tradition que nous avons reçue, il existe trois éthers en haut. Le premier est gouverné par le grand et saint prince dont le nom est Qedoshi’el (QDVShYAL — קדושיאל). C’est le prince des armées et de sa puissance jaillissent des bataillons d’armées princières et tous les soldats célestes, les anges des armées célestes et ceux des cieux au-dessus des cieux. Tous ceux-là sont émanés d’eux et l’émanation de leurs émanations n’a ni image ni substance ni corporéité.

Le second éther est la connaissance secrète de la prophétie. C’est celui revêtu par les prophètes et le Grand-Prêtre, et les autres prêtres et les Lévites et par tous ceux qui possèdent une âme et une intelligence suprêmes. C’est le second éther.

Le troisième éther est celui de la connaissance secrète des démons. Il s’agit du texte du Sepher ha-Melbosh.

12.

Nous allons à présent discuter du troisième éther. Les érudits de la tradition disent que la tradition reçue de leurs pères veut que cet éther soit divisé en trois parties : une supérieure, une médiane et une inférieure. La supérieure fut donnée à Asmodée (AShMDAY — אשמדאי), le grand roi des démons. Hormis les lundis, il n’a pas la permission d’accuser ou de causer la confusion. Nous nous étendrons, autant qu’il nous est possible, plus avant à ce sujet.

Même si Asmodée est appelé grand prince, il demeure soumis à Samaël. On l’appelle grand prince à cause des émanations au-dessus de lui et roi des rois en référence aux émanations en dessous de lui. Asmodée est gouverné par lui et lui est soumis.

Samaël, le grand prince et le grand roi des démons, cohabite avec la Matrone Lilith. Asmodée, le roi des démons, cohabite avec la Lilith Inférieure (Petite Lilith). Les érudits de cette tradition parlent de très nombreux détails horribles concernant la forme de Samaël et d’Asmodée et de l’image de Lilith, l’épouse de Samaël, et de Lilith, la compagne d’Amodée. Heureux celui qui mérite la connaissance de ces choses.

La partie médiane a été donnée au roi qui règne sur les esprits. Qafqafoni (QPQPVNY — קפקפוני) est son nom et sa jeune compagne est Tsar’ita (TzRAyThA — צרעתא), avec laquelle il cohabite pendant six mois. Les six autres mois, il fornique avec une autre compagne dont le nom est Sagrirta (SGRYRThA — סגריתא). Leurs rejetons prennent différentes formes. Ils ont des corps et semblent avoir deux têtes, tandis que les rejetons de Tsari’ta prennent la forme de la lèpre. Certains érudits de la tradition soutiennent que toutes les lèpres sont le résultat de cette engeance. Les fils de Sagrirta ont des visages ulcérés et ils se livrent une féroce bataille entre eux. Les esprits maléfiques abondent dans cet éther et toutes sortes d’orages et d’horreurs sont causées par la puissance de cette bataille. Néanmoins, le gouvernement et la terreur d’Asmodée leur sont imposés.

La troisième partie de l’éther est occupée par des démons créés et façonnés de diverses façons. Certains sont des chiens créés par les péchés humains. Et les chiens formés par cette émission maléfique se jettent sur les hommes et les mordent ; leurs morsures sont difficiles à guérir. Parfois ils changent de forme pour en revêtir une autre. Ils aboient et hurlent et mordent encore et encore et il n’existe aucun remède terrestre jusqu’à ce qu’ils meurent et soient transfigurés, mêlés en cet éther avec le pouvoir de la forme. C’est une punition et une annihilation. À cause de ce secret, il existe cette prière : « protège mon âme contre le glaive, ma vie contre le pouvoir des chiens ! » (Psaumes, 22, 20).

Certains prennent la forme de boucs et de chèvres. Parmi eux on trouve ‘Aza (AyVZA — עוזא) et ‘Aza’el (AyVZYAL — עוזיאל). Chacun, séparément, a la forme de l’image d’un véritable homme. Lorsqu’ils ont chuté des Cieux – une part de l’éther dont nous avons parlé – ils ont revêtu la puissance de cet éther juste au-dessus de nous et ils prirent le corps d’hommes. Alors la puissance supérieure s’affaiblit et ils reçurent la puissance inférieure. Mais leur progéniture était plus puissante que toute l’humanité.

D’autres prennent une autre forme, comme la forme d’un homme à sa naissance. Certains prennent la forme d’hommes et d’autres de femmes. La seule différence est le mensonge et la fausseté. Ils sont jaloux des hommes et ils cherchent à les tromper et à les combattre. Ils auraient tout détruit si l’attribut du Royaume n’avait pas invoqué sa propre émanation. Yufi’el (YVPYAL — יופיאל), le grand prince de la contenance, qui est le bien-aimé de la Divine Présence, gouverne le roi de ce groupe pernicieux. Sans la puissance de cette émanation et la terreur dont il les emplit, jamais ils ne laisseraient les créatures en paix et aucune créature terrestre ne pourrait se lever contre eux. Le nom du roi qui les gouverne est Qaftsefoni (QPTzPVNY — קפצפוני) et le nom de sa compagne est Mehetabel (MHYTBAL — מהיטבאל), fille de Mathred (MTRD — מתרד)[13]. Leur progéniture saute d’un bord de l’éther à l’autre. Parfois, ils reçoivent l’autorisation de rectifier les blessures qui ont causé la chute de l’homme et d’informer, sous forme humaine, les hommes de leur avenir. Ils n’ont aucun pouvoir sur les mensonges et sur la fausseté. Ceux qui demandent leur aide obtiendront leur réponse selon la volonté de Qafsefoni, selon les mérites de celui qui pose les questions : celui qui n’a aucun mérite n’aura pas de réponse et ils ne lui apparaîtront que par incantations ; mais ils lui répondront qu’ils n’ont pas la permission de lui répondre.

[1] Rav Sherira bar Ḥanina Gaon, dit le Rasha »g (רש״ג) est un rabbin babylonien du 10e siècle. Il dirigea l’académie talmudique de Poumbedita, il est l’auteur nombreuses responsa sur le Talmud et la Haggada. Il fut nommé Gaon de Poumbedita en 968.

[2] Haï Gaon est un rabbin babylonien des 10e et 11e siècles, considéré comme le dernier grand Gaon de Poumbedita.

[3] Les philosophes dont il est ici question sont les « sages » de tradition juive et non pas les philosophes dans le sens habituel (voir J. Dan, « Samael, Lilith and the concept of evil »).

[4] Nous utiliserons ici le « traditionnaliste(s) » pour rendre le terme deha-mekubal ou ha-mekubalim, kabbaliste(s).

[5] Ibn Abitur est un rabbi espagnol du 10e siècle auteur de commentaires de la Torah.

[6] Isaac ben Judah ibn Ghiyyat est un rabbi espagnol du 10e siècle, philosophe, commentateur de la Torah et poète.

[7] Les tannaïm sont les sages de la Mishna de la période s’étendant du 6e siècle av. J.C. au 3e siècle après J.C.

[8] Les Amoraïm désignent les docteurs du Talmud, qui opèrent entre la clôture de la Mishna (3e siècle après J.C.) et la compilation des Talmuds (vers 400).

[9] Dans la Kabbale, les lettres de l’alphabet sont appelées des « chevaux de feu ». On retrouve encore ces chevaux de feu dans le Char qui enleva Elie…

[10] Selon la Tradition des Sages nous apprenons que les camps des anges sont « Les Camps de la Shekhinah ». Habituellement, on mentionne quatre camps tels que rappelés par le Qri’at Shema al haMitah (prière de la nuit) : « Au Nom de YHVH, le Dieu d’Israël. a ma droite est Mikha’el, à ma gauche Gavri’el, devant moi Uri’el, derrière moi Repha’el, et au dessus de ma tête se tient la Shekhinat El ».

[11] Selon la Kabbale, la Présence Divine se dévoile en 10 degré dans chacun des quatre mondes et ces 10 degré sont les Sephiroth ou les ordres angéliques dont le 10e est, selon chaque tradition particulière, celui des Seraphim, des Erelim ou des Ishim. Il est probable qu’ici Jacob ben Isaac parle des Seraphim.

[12] Les maîtres du Nom (Baalim Shem) sont des intercesseurs entre les êtres humains et Dieu. Ce sont souvent des faiseurs de miracle, fabricants de talismans et usant de la magie afin d’aider leurs semblables. On les appelle maîtres du Nom, car ils usaient des Noms divins pour leurs opérations mystiques.

[13] « Baal-Hanan, fils d’Acbor, mourut; et Hadar régna à sa place. Le nom de sa ville était Pau; et le nom de sa femme Mehéthabeel, fille de Mathred, fille de Mézahab » (Genèse, 36, 39).


1 Commentaire

  1. 22 septembre 2015    

    Bonjour a tous , nous venons de lire le titre de L EMANATION GAUCHE qui nous parle de la sagesse sacree des anciens aux detenteurs de cette dite SAGESSE qui pour nous un apprentissage et une experience, merci en reconaissance de L ANGE CELESTE.

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