Par Rebbe Mordechai

La Shekhinah en Exil

La Shekhinah est la Divinité féminine. Son nom signifie Présence, « celle qui réside en toi ». Elle est la présence, la poésie, la passion. Elle est la force nourrissante de Dieu qui se meut de par le monde. Elle est l’éros, la sensualité, la force d’amour sous-jacente qui connaît nos noms et nourrit tous les êtres.

Le Cantique des Cantiques IV, Marc Chagall.

La Shekhinah

La Shekhinah offre une expérience, une manière d’être dans le monde, pour laquelle nous ne possédons pas de mot en français. Car, c’est une manière d’être que nous, en occident, avons du mal à exprimer. C’est l’expérience du réveil au matin plein de joie pour la venue du jour. Ce sont les larmes versées devant la splendeur du lever de soleil, ou devant la senteur de l’océan ou devant la fragilité d’un nouveau-né. C’est une manière de vivre dans l’amour.

Dans la langue française, la meilleure manière de procéder est de se tourner vers le terme que Platon utilise dans son « Symposium » : Éros. Pour Platon, Éros est l’« Amour supérieur ». C’est exactement la plus forte expérience de vie qui est exprimée par le terme hébreu de Shekhinah.

Mais, au travers du temps, le terme d’« Éros » s’est vu restreindre et limité au point de perdre la plus grande part de son intention originelle. Habituellement, lorsque nous entendons le mot « érotique », celui-ci évoque uniquement le sexe. Et, bien que, le sexe soit partie intégrante de l’Éros, ce n’en est qu’une infime partie. Cette restriction du terme est une expression de la dynamique spirituelle que les kabbalistes appellent l’Exil de la Shekhinah.

À présent, ouvrez votre coeur et votre esprit et écoutez la phrase qui suit.

L’exil de la Shekhinah ne signifie rien de moins que l’exil de l’érotique.

Mais où s’en est-il allé ? Où l’Éros est-il exilé ? La réponse à cette question est que l’exil de la Shekhinah est l’exil de l’érotique dans le sexuel. C’est-à-dire, que lorsque vous ne pouvez atteindre comme qualité principale de l’Éros que la sexualité, alors l’Éros, ou la Shekhinah, est en exil. Lorsque le désir intense n’est plus qu’un sentiment que vous ressentez avant l’explosion de l’orgasme, alors votre vie est véritablement pauvre. La Shekhinah est exilée. L’Éros a chu.

L’Éros étendu.

La rédemption de la Shekhinah de l’exil ne viendra que lorsque nous aurons appris à étendre à nouveau l’Éros, à partir du lieu confiné de la sexualité, vers une plus large extension de la vie. Le but de la vie est de vivre érotiquement dans tous les sens de l’être.

Une des qualités essentielles de l’érotique est l’imagination. Le Zohar, ce magnum opus du mysticisme hébreu, le dit explicitement en de nombreux endroits « La Shekhinah c’est l’imagination ».

Dans la compréhension populaire, l’imagination est implicitement considérée comme étant « irréelle ». En réalité, « irréel » et « imaginaire » sont des synonymes virtuels dans l’usage commun. Afin de saper la réalité de la parole d’un antagoniste nous disons que c’est « le fruit de son imagination ». Par contraste, les mystiques hébreux tiennent l’imagination comme absolument réelle. En fait, il ne serait pas faux de dire qu’ils considéraient l’imagination comme plus réelle que le réel.

La puissance de l’imagination tient à sa capacité à donner forme aux vérités et visions profondes du royaume divin intérieur. L’imagination offre l’expression à de plus hautes visions de la réalité qui dérivent de notre moi divin. Le langage et la pensée rationnelle sont généralement incapables d’accéder aux vérités élevées. L’imagination est notre prophète, nous portant vers un monde divin qui parle à la fois au travers de nous et au-delà de nous-mêmes. Nous imaginons Dieu. C’est ce que le mystique biblique Osée signifiait lorsque qu’il exprima ainsi les mots de Dieu : « Par les mains de mes prophètes, moi (Dieu) suis imaginé ».

Mais pourquoi ne puis-je être un tel prophète, imaginant Dieu par ses mains ? Pourquoi ne pouvons-nous accéder à cette expérience prophétique ? Parce que la Shekhinah est en exil. L’érotisme de l’imagination s’est exilé dans le sexuel.

La meilleure preuve de cet exil est que nous n’avons aucun problème à accéder à la puissance de l’imagination dans la sexualité. Mais nous avons d’énormes difficultés à accéder à cette même faculté par l’imagination érotique, non seulement dans une visualisation non-sexuelle mais dans toute notre vie non-sexuelle. Ce que cela signifie c’est que cette principale qualité érotique de l’imagination ne joue plus dans les domaines de notre vie où elle serait la plus désespérément nécessaire. Car c’est l’imagination qui nous permet d’accéder à la sagesse et à la vision dont nous avons besoin afin de rediriger nos vies.

Cet exil de la puissance érotique de l’imagination de la Shekhinah est reflétée dans notre langage aussi bien que dans nos expériences les plus intimes. Notre mot français « fantaisie » dérive du mot grec « phantasi », un verbe qui signifie « rendre visible, révéler ». Pour les anciens Grecs, cette fantaisie n’avait rien à voir avec le sexe. Il signifiait « rendre visible – au travers de l’imagination – le monde des dieux », le royaume des formes et du pur esprit.

Ainsi, pourquoi l’utilisation moderne du mot « fantaisie » renvoie-t-elle aux images sexuelles ? Très parlons très rarement des fantaisies économiques, politiques ou sociales. Nous ne parlons même pas des fantaisies culinaires. Nous parlons des fantaisies sexuelles… tout le temps. Comme l’adjectif « érotique », le verbe « fantasmer » est relégué aux confins réducteurs de la sexualité. La raison est claire. Dans notre monde moderne, nous avons perdu notre capacité à rendre visible, à imaginer, les profondes visions de l’esprit. C’est principalement la sexualité où nous utilisons l’imagination afin d’invoquer les images de ce qui est caché ou non révélé. La limitation de l’imagination érotique à la sexualité est un exil de la Shekhinah.

Les tragiques miroirs du Désir

Le fantasme et l’imagination détiennent les clés de nombreuses portes, la moindre n’étant pas celle de notre liberté.

Une histoire racontée par les maîtres de la sagesse suggère que c’est l’imagination érotique des femmes juives en Égypte qui a produit le mouvement de leur libération de l’esclavage.

Le Pharaon avait insisté pour que les esclaves mâles dorment dans un champ séparés de leurs épouses. Les femmes, en contradiction avec le décret de Pharaon, visitèrent leurs maris dans le champ. Leurs époux, cependant, tombés sous l’oppression de l’esclavage, avaient perdu leur pouvoir. En retour, les femmes trouvèrent des outils afin d’évoquer le désir de leurs époux – des miroirs. Avec ceux-ci, elles excitèrent l’imagination de leurs maris, même lorsque leur corps ne répondaient pas. Les femmes, tenant les miroirs de manière à refléter leur beauté physique, excitaient les hommes en disant « Regarde, je suis plus belle que toi ».

Les miroirs augmentèrent le jeu sexuel car ils amplifient la qualité de l’imagination. Tout comme avec l’imagination, le miroir nous offre une image qui nous permet de voir d’une manière qui nous était auparavant cachée. Tenez un miroir devant vous et vous verrez soudain derrière vous.

Grâce aux miroirs de l’imagination des femmes, les hommes purent retrouver leur vision, voir les images perdues de la beauté sexuelle de leurs femmes que le fardeau oppresseur de l’esclavage avait rendu invisible. Avec surprise, cependant, ce ne sont pas leurs propres corps que les femmes montrèrent aux hommes, à la place, elles reflétèrent le corps des hommes vers eux-mêmes, les obligeant à voir leur propre beauté. « Regarde, je suis plus belle que toi ». Les miroirs sont un outil de l’imagination car ils permettent de voir des images de nous-mêmes qui seraient autrement inaccessibles.

Selon une tradition biblique, ce jeu érotique des miroirs était lui-même le commencement de la libération. Dans le jeu érotique, l’imagination est engagée. Une fois que les femmes enseignèrent aux hommes à accéder à nouveau à leur imagination, les images de la liberté ne furent pas longues à suivre. L’Exode de l’esclavage n’était plus qu’une question de temps.

Une imagination sexuellement érotique fut donc le modèle et le catalyseur d’une imagination politiquement érotique… À ce sujet, le Talmud dit : « Au mérite des femmes justes, les hébreux furent sauvés d’Égypte ! » Lorsque nous pensons à un groupe typique de femmes « justes », rarement imaginons-nous une troupe de femmes armées d’objets sexuels s’en allant séduire leurs hommes dans les champs. Et pourtant, c’est ce que le Talmud nous dit. Le fait que notre idée de la justesse soit en contradiction avec la sexualité est un autre triste exemple de l’exil de la Shekhinah.

La crise de l’imagination

La plus grande crise de notre vie n’est pas économique, intellectuelle, ni même ce que nous nommons la religion. C’est une crise de l’imagination. Nous sommes figés dans notre cheminement car nous sommes incapable de re-imaginer nos vies de manière différente de ce qu’elles sont actuellement. Nous tenons désespérément au statu quo, apeurés que si on le laissait partir, nous sombrerions dans les courants torrentiels de notre vide.

La plus importante chose ici-bas, nous dit le sage Rabbi Nachman de Braslav, est que nous soyons prêts à abandonner ce que nous sommes pour ce que nous pourrions être. Il appelle cela le processus de l’abandon du pnimi. Pnimi signifie littéralement « ce qui est à l’intérieur », mais pour Nachman, cela signifie le vieux, la chose familière qui nous conforte même lorsqu’elle est inutile. Nachman nous appelle à abandonner cela pour la recherche du makkif, qui est au-delà de ce que vous pouvez atteindre si vous désirez vous lancer dans les abysses. Trouvez le risque et vous vous trouverez vous-mêmes. Parfois cela peut signifier d’abandonner votre maison et de voyager vers des contrées étrangères. À la fois Abraham et le Bouddha le firent littéralement. Mais pour le kabbaliste, le véritable voyage ne demande pas de brisures dramatiques avec le passé et sa famille. Il s’agit plus d’un voyage de l’imagination.

Dans la signification simple et littérale du texte biblique, le commandement d’Abraham est « Lech lecha… », « Va vers ton pays , ton lieu de naissance et la maison de ton père ». Interprété par le Zohar, « lech lecha » est une formule réflexive qui peut être traduite littéralement par « marche ta marche » ou « va vers toi ». Pour le kabbaliste, cela signifie plus qu’une simple quiétude de l’esprit. Le voyage qu’Abraham – et nous – doit entreprendre est intérieur, et le véhicule en est l’imagination. Car l’imagination est l’outil qui nous permet de mettre en image un futur radicalement différent du passé ou même du présent. C’est exactement ce qu’Abraham fut appelé à faire – laisser tout derrière lui de son passé et de son présent afin de plonger dans l’inconnu du lendemain.

C’est uniquement par la fantaisie de re-imaginer que nous pouvons changer notre réalité. C’est uniquement à partir de ce lieu intérieur que nous pouvons véritablement changer l’extérieur. Le chemin de la véritable sagesse n’est pas nécessairement de quitter notre travail, notre maison, et de voyager. Souvent une telle brisure est un échec plutôt qu’une réussite de notre imagination. La véritable sagesse est de changer notre vie à partir de ce que nous sommes, par le pouvoir de l’imagination.

Pratiquement toute crise en essence est un échec de l’imagination. Sans saut de l’imagination, aucune croissance n’est possible et l’esprit se pétrifie sous des masques inertes.

Libre de rêver, Rêve de liberté

L’imagination érotique concerne la capacité de voir au-delà du statu quo. C’est l’intention profonde d’un autre groupe de maîtres de la sagesse qui créditent la libération de l’Égypte au pouvoir de l’imagination.

Le grand Exode débuta par un homme qui fit un rêve. Il était connu sous le nom de Nun, un esclave hébreu sous le loi d’Égypte. Un matin il se réveilla, abasourdi par ses rêves de la nuit. Il avait rêvé ce qui semblait inimaginable : il avait vu un temps où les hébreux seraient libres ! Plus que libres, ils étaient de courageux guerriers responsables de la dignité de leur propre destinée. La nouvelle de ces rêves se propagea. Il est dit que l’espoir enflammé par cette vision déchaîna les dynamiques de la révolution qui mena enfin à la liberté.

Bien que cela puisse prendre de nombreuses années dans le monde de la realpolitik, ce rêve fut le véritable commencement de l’Exode. L’esclavage finit lorsque nous pouvons nous re-imaginer en tant que personnes libres. Nun n’était autre que le père de Josué, le successeur de Moïse qui mena le peuple vers la Terre Promise. Toute liberté commence avec notre volonté de nous tenir debout et de dire « J’ai un rêve ! » Et même si nous n’obtenons pas la Terre Promise, nous pouvons mettre en mouvement les courants de la rédemption qui guérira notre monde. Si nous n’arrivons pas là, nos enfants le feront. La génération entière de Nun mourut avant d’atteindre Canaan. Cependant tous leurs petits enfants grandirent dans la Terre Promise.

La Possibilité de la Possibilité

Le prophète de l’imagination Nikos Kazantzakis écrit : « Vous avez vos pinceaux et vos couleurs, peignez le paradis et allez-y ». C’est une proche description de l’esprit qui anime le rituel biblique qui célèbre chaque année l’Exode de l’Égypte. Chaque année à l’anniversaire de l’Exode hébreu, les gens se rassemblent pour un rituel mythique et biblique, la Pâques. Contrairement aux autres commémorations, celle-ci évolue non autour du souvenir mais de l’imagination.

Le principe de cette fête est « chaque personne est obligée de se voir comme si elle quittait l’Égypte ». Cet épigramme talmudique, le mantra guidant le rituel, est expliqué par les kabbalistes comme une invitation à une re-imagination personnelle fantastique. Vous êtes en Égypte – votre propre Égypte personnelle. L’Égypte, Mitsraïm en hébreu, signifie littéralement « le lieu étroit », le passage étroit du flux de notre vie. L’Égypte – signifie kabbalistiquement la gorge – symbolise tous les mots qui restent en travers de notre gorge ; les mots que nous ne disons jamais. Les histoires de nos vies qui restent non vécues, non-chantées, non imaginées.

Nous sommes des esclaves. L’esclavage pour le kabbaliste est principalement une crise de l’imagination. Par conséquent, la guérison de l’esclavage est un rituel de l’imagination. Pendant une soirée entière, nous devenons dramaturges, chorégraphes et acteurs inspirés. Nous re-imaginons nos vies comme premier pas de notre cheminement vers la liberté. Comme Georges Bernard Shaw nous le rappelle : « L’imagination est le commencement de la création. Vous imaginez ce que vous désirez ; vous désirez ce que vous imaginez ; et enfin vous créez ce que vous désirez ».

Dieu est la possibilité de la possibilité – l’imagination sans limite. Michaël Lerner avait raison dans son oeuvre « Le Renouveau Juif » lorsqu’il identifiait cette notion comme essentielle à la compréhension hébraïque de la divinité. Le premier des Dix Commandements est « Je suis Dieu ». Lorsque Dieu se voit demandé à s’identifier, Il répond « Je suis ce que Je serai ». C’est-à-dire « Vous ne pouvez m’emprisonner dans une image inerte du temps ou de l’espace. Agir ainsi serait de l’idolâtrie et me détruirait ». Nous sommes commandés d’agir contre l’idolâtrie car précisément l’idolâtrie est une immobilisation de Dieu sous une image statique, une violation de l’imagination, une limitation de la possibilité.

Homo Imaginus.

Bachelard avait raison lorsqu’il écrivait que l’imagination est « plus que tout autre pouvoir, c’est ce qui distingue la psyché humaine ». Ou écoutons le prophète de l’Eros du 20e siècle, Norman O. Brown : « L’homme se fait lui-même, son propre corps, dans une liberté symbolique de l’imagination. Le Corps Eternel de l’Homme est l’Imagination ». Rabbi Nachman de Braslav, le mystique hébreu, écrit : « C’est pour cette raison que l’homme fut appelé Adam : Il est formé de la Adamah, la poussière physique, et cependant il peut s’élever au-dessus du monde matériel au travers de l’utilisation de son imagination et atteindre le niveau de la prophétie ». Le mot hébreu « j’imaginerai » est « adameh » !

Pour Nachman, le mouvement humain principal qui donne naissance à notre esprit est l’évolution de la adama vers adameh. Adamah est le sol, la terre, Gaïa. Cependant, on peut lire ce mot adameh, « J’imaginerai ». L’homme émerge de la Nature afin de vivre de que le philosophe Joseph Soloveitchik appelle « une existence issue de la fantaisie ».

L’imagination n’est pas un détail de nos vies, elle n’est pas un outil méthodologique. C’est l’essence de qui nous sommes. Nous nous voyons généralement comme des animaux doués de pensée, homo sapiens. Le « Je pense donc je suis » de Descartes est imprimé dans nos gènes culturels. Cependant, le mythe biblique offre une alternative de compréhension du concept d’humanité. Le mot le plus proche en hébreu à notre mot français « humain » ou au latin « homo » est « adam ». Le mot « Adam » dérive de la racine hébraïque signifiant « imagination » (d’mayon). L’implication étonnante de cela est que l’être humain n’est pas principalement un homo sapiens, mais ce que je nommerait un « homo imaginus ».

A l’aube de l’existence humaine, l’homme est décrit comme étant créé à l’image de dieu. « Image divine » ne signifie pas une copie fixe et idolâtre de la divinité. Dieu n’a pas de forme fixe. Dieu est la possibilité de la possibilité. Par conséquent, l’être humain est l’image divine qui doit être comprise de deux manières. Primo, l’humanité n’est tant créée à l’image de Dieu que créé selon l’imagination de Dieu, un produit de la fantaisie Divine. Secundo, en tant qu’êtres humains, nous participons nous-mêmes à l’imagination divine – homo imaginus.

Combien différente est cette compréhension de la dépression de la pensée existentielle moderne ! Notre recherche de du bon est écartée par Sartre comme une « passion inutile ». L’imagination humaine, écrit Camus, nous condamne à la misère, car elle est absurde. Nous avons soif de bonté, de beauté, de gentillesse dans un monde perpétuellement sale, mauvais et injuste.

Mais, pour le mystique biblique, nos imaginations érotiques d’un monde de justice et de paix marque l’immanence de Dieu dans nos vies. Notre mécontentement créatif, qui nous mène vers l’imagination d’une réalité alternative, est l’image/imagination de Dieu battant notre poitrine. Le cosmos est empli de traces qui guident nos imaginations. Nous sommes appelés à guérir le monde à l’image de plus belles imaginations. L’éros de l’imagination est l’élixir de Dieu coulant au travers de l’univers.

Dieu créateur

L’imagination est puissante. Très puissante. « Pense le bien et cela sera bien », écrit Menahem Mendel Schneerson, le dernier maître du mysticisme Chabad. C’est vrai non seulement du fait de la puissance psychologique de la pensée positive, mais aussi par la moindre imagination donnant naissance à quelque chose de réel qui se manifeste elle-même dans l’univers.

L’imagination est transformatrice non seulement sur le plan humain ; elle a le pouvoir d’affecter l’échelle divine également. Les kabbalistes enseignent que chaque dimension de la divinité, connues sous le nom de Sephirah dans la Kabbale, a une couleur qui l’incarne. En imaginant esthétiquement les couleurs des Sephiroth et en les combinant selon les instructions mystiques adéquates, on peut en vérité avoir un impact sur le travail intérieur de la force divine.

Le Zohar va plus loin dans une audacieuse formulation qui, à première lecture, décrit l’homme créant Dieu à son image – c’est-à-dire, selon son imagination. Au contraire du philosophe Feuerbach, qui appelle l’imagination humaine de Dieu, une simple projection, pour le Zohar, une telle imagination renforce simplement la réalité substantielle de Dieu. Ou, dit légèrement différemment, tandis qu’il n’existe qu’une vérité limitée dans l’affirmation que Dieu est une face de l’imagination humaine, nous devons nous souvenir que l’imagination est une face de Dieu.

L’imagination n’est pas un jeu infantile. C’est une réalité spirituelle invoquée par l’enfant sacré intérieur. Le Dieu que nous ne créons pas n’existe pas. Oui, il y a une force divine qui existe au-delà de nous. Cependant, il y a également une puissante manifestation de la divinité qui est nourrie par notre être. Nous sommes des miroirs érotiques de Dieu. Le premier ensemble de lettres dans la Bible, « bereshit bara Elohim… » peut être relu comme « b’roshi tbara elohim » – « en mon esprit Dieu est créé ».

Rebbe Mordechai ©2003-2004 Tikkun Magazine. Mordechaï Gafni in Tikkun Magazine Jan. Fév. 2003. Traduction Spartakus FreeMann, Nadir de Libertalia, novembre 2005 e.v.