Par Spartakus

La question a été posée maintes fois sur le forum de KeL [Kabbale en Ligne] et le peu d’intérêt que nous portons à la mode actuelle nous a empêchés de répondre. Toutefois, au vu de la folie qui semble frapper les esprits quant à ces miraculeux bracelets rouges, il est peut-être temps de marquer clairement notre position à ce sujet.

Tout d’abord, nous ne sommes pas juifs, ni de confession israélite, nous ne connaissons les pratiques religieuses connexes au judaïsme que par la lecture ou la discussion. Nous ne prétendrons donc pas à une autorité quelconque, mais ne livrons ici que notre avis sur cette mode voulant que, pour être branché, il faille faire de la Kabbale et surtout porter les fameux « red strings ».

Les maîtres d’Hollywood découvrent l’antique tradition de la Kabbale, un rav autoproclamé, ayant compris les techniques modernes de marketing, attrape le train en marche, vend les tomes du Zohar comme d’autres des encyclopédies, une chanteuse pornographe cathodique se découvre une nouvelle passion, et voilà la Kabbale en première page des journaux américains. Étrange époque que la nôtre. Il suffit qu’une garce tatouée du Nom Divin se déclare frappée par la Ruach et voilà la Kabbale lancée dans les vitrines newageuses de l’ésotérisme mercanto-débile. Il a suffi qu’un petit agent d’assurance, lassé de vendre des polices tous risques, découvre un nouveau marché juteux dans la vente de copies du Zohar, s’autoproclame rav en changeant de nom, et voilà la Kabbale trademarkée et merchandisée : red strings & eau bénite (si si, ils ont osé)…

L’étendard de cette croisade hollywoodienne est le fameux « red string », ce cordon rouge censé éloigner le mauvais oeil de celui qui le porte. Selon les supermarchés de la Kabbale, cette amulette trouve son origine dans le Zohar et dans l’histoire de Rachel.

Selon nos propres recherches, il semble bien que le Zohar ne parle absolument pas de ces cordons rouges. Par contre, le Talmud lui en parle bien dans le traité Shabbat ch. 7-8, mais pour spécifier qu’une telle pratique est rigoureusement interdite ! Le Talmud en parle comme d’une « darchei emori », une pratique superstitieuse idolâtre.

Il est à noter que le Judaïsme et la Kabbale permettent l’utilisation de « segulah », talismans consacrés par un rav ou un rabbin. Mais, toutefois, ces segulot ne sont jamais idolâtrés et ne font jamais l’objet d’un délire éroto-commercial comme celui qui nous occupe ici.

Sur le site de Ohr Somayach nous pouvons lire à leur sujet : « Il n’existe aucune mention dans la Torah, la Halacha ou la Kabbalah quant au fait de nouer un cordon rouge autour de son poignet. Cependant, il semble que cela ait été une coutume répandue. S’il y a une quelconque validité dans cette pratique, elle ne peut que résider dans l’acte de segulah…»

A notre sens, il n’est pas condamnable de ressentir le besoin de porter sur soi un objet talismanique pour se sentir mieux, ou simplement pour montrer en quoi l’on croit. Le problème, à mes yeux, est le cirque qui tourne autour du commerce des cordons rouges, le problème est la dénaturation d’une tradition séculaire pour en faire un produit de consommation vulgaire. Le problème est de fonder la diffusion d’un enseignement spirituel sur des pratiques superstitieuses et de fourvoyer ainsi ceux qui pourraient trouver dans la Kabbale un cheminement vivifiant.

Que dire lorsque l’on peut lire ce témoignage édifiant : « Tout dans la Kabbale se rapporte à la correction. Nous devons tous être corrigés. Le message qu’ils nous donnent (les Centres de la Kabbale) ressemble fort à l’administration Bush – Si vous êtes avec nous, vous serez sauf, car le monde est très dangereux ».

Bien sûr, je suppose que je parle dans le vide. Que faire contre un phénomène de mode aussi puissant ? Alors, peut-être devrais-je, moi aussi, dépenser les 26$ pour m’offrir mon red string et arrêter de me prendre la tête…

Les bracelets rouges de la Kabbale moderne, Spartakus FreeMann