Par Spartakus FreeMann

La question qui revient sans cesse concernant l’interdiction pour un juif pratiquant de prononcer le nom de Dieu donne souvent à lire ou à entendre d’étranges choses, les considérations pouvant aller du simple tabou incompréhensible à la justification la plus brumeuse qui soit. Or il suffit de se plonger dans les racines du judaïsme et/ou de la Kabbale pour la comprendre. Ce point est important, car s’il est bien une règle qu’aucun kabbaliste sérieux n’enfreindrait, c’est bien la prononciation du Shem ha-Mephorash, ou Tétragramme.

Historiquement, le Nom de Dieu ou Shem ha-Mephorash (Yod He Vav He – יהוה) n’était prononcé que dans le Temple de Jérusalem, uniquement par les prêtres et en deux occasions : Par le Grand Prêtre (Cohen haGadol) lorsqu’il se rendait dans le Saint des Saints afin de répandre du sang sur le Trône de miséricorde au jour de l’Expiation, et par les prêtres (Cohenim) lors de leurs bénédictions au peuple qui avaient lieu tous les matins, mais uniquement dans l’enceinte du Temple.

Cette bénédiction était la suivante : Yivarech’cha (יהוה) v’yishem’marecha, Ya’eyr (Yod He Vav He) panahv elecha v’chunecha, Yisah (יהוה) panahv elecha v’yasem lecha shalom. Que l’on peut traduire par : « Puisse Hashem vous bénir et vous garder. Puisse Hashem vous illuminer de Sa Contenance et puisse-t-il vous être gracieux. Puisse Hashem tourner Sa Contenance vers vous et établir la paix pour vous ».

Or, de nos jours, il n’y a plus de prêtres, encore moins de Grand Prêtre, pas plus qu’il n’y a de Temple. Sans ces trois éléments sacrés, qui représentaient un mode de sanctification digne de Dieu, prononcer le Nom reviendrait à en diminuer la sacralité et retirer toute spiritualité aux rituels.

Selon la Mishna Yoma 6:27, le Cohen Gadol (Grand Prêtre) se voyait autorisé à faire usage du Shem ha-Mephorash lorsqu’il officiait dans le Temple durant le Yom Kippur et la confession des péchés d’Israël. La Mishna poursuit en accordant le droit aux Cohenim (prêtres) d’utiliser le Shem ha-Mephorash lors de la bénédiction journalière dans l’enceinte du Temple. Lors de cette cérémonie, seuls les prêtres pouvaient utiliser le Nom et le peuple présent ne répondait que par un « Baruch Shem Kavod Malkuto Leolam Va’ed » (Béni soit le Nom de Son Glorieux Royaume, à jamais).

Après la mort de Shimon haTzaddik, le successeur d’Ezra et grand Prêtre du Second Temple, il n’y eut plus de cérémonie utilisant le Shem ha-Mephorash. Et les Cohenim suivirent en ne prononçant plus le Nom lors des bénédictions. Selon la Mishna Yoma 391, Sotah 33a, la prononciation du Nom était interdite en dehors du Temple.

Ecoutons Rashi citant le Midrash Pesachim 50a à propos d’Exode 3:15, c’est-à-dire le passage où Dieu révèle Son Nom à Moïse : « Zeh sh’mi L’OLAM — Ceci est Mon Nom à jamais ». Puisque le mot l’olam (à jamais) est écrit sans le Vav habituel, il peut être prononcé l’alam qui signifie « sceller » » ; ainsi Rashi nous avertit que le Nom Divin ne doit pas être prononcé par ses quatre lettres.

Par ailleurs, il est aujourd’hui impossible de connaître la prononciation exacte du Shem ha-Mephorash car le Yod et Vav ne se prononcent pas en hébreu comme on le ferait en français. De plus, le Shem ha-Mephorash n’a jamais été vocalisé comme un mot de quatre lettres, mais l’on prononçait chacune des lettres individuellement. C’est cela qui rend le Nom sacré car aucun autre nom en hébreu n’est prononcé de cette manière. Ajoutons à cela l’absence de points massorétiques pouvant permettre la vocalisation des lettres, ce qui est d’ailleurs toujours le cas pour le Nom dans les Torah modernes.

Les fidèles suivant le service dans la synagogue ou récitant leurs prières chez eux remplacent le Shem ha-Mephorash par un « Baruch Hu Oo Varuch Sh’mo » (Béni soit-Il et béni soit Son Nom).

Dans la Torah de Pierre, le commentaire sur Exode 3:13 dit ceci : « Ce Nom représente également l’éternité de Dieu, car il est composé des lettres qui servent à écrire HAYAH HOVEH YIHYEH (Il était, Il est et Il sera). S’il est vrai que le Shem ha-Meforash est dérivé du verbe « être » au passé, au présent et au futur, alors une prononciation plus proche pourrait être dérivée des sons en parenthèse dans cette formulation HA (YAH HOVEH) YIHYEH. Mais ceci est supposition et puisque l’on ne connaît pas la vocalisation exacte, autant ne pas vocaliser que de donner un mauvais nom à l’Être qui est l’Être ».

Nous retrouvons ce respect du Shem ha-Mephorash jusque dans le christianisme où dans les paroles attribuées à Jésus, on ne rencontre jamais les quatre lettres.

Examinons à présent les termes qui peuvent remplacer le Shem ha-Mephorash dans nos lectures et études kabbalistiques : HASHEM comme terme général, dans les prières on peut utiliser Adonaï ou ABBA (Père), Seigneur est le nom généralement utilisé dans les traductions de la Bible. On peut utiliser ELOHIM même si les juifs orthodoxes jugent que cela ne doit pas se faire et préfèrent utiliser ELOKIM. En français, nous pouvons utiliser Dieu sans avoir à couper le mot.

Malachie 3:16 : « Ceux qui craignent HASHEM se parlent entre eux et HASHEM les écoute et les entend; il était écrit devant Lui en un livre de souvenirs de ceux qui craignent HASHEM et MEDITENT SON NOM ».

Le mot hébreu pour méditer est HOSHVEI qui signifie à la fois méditer mais aussi « calculer » !

En tant que Kabbalistes, nous devons garder ce passage à l’esprit et considérer que chercher à percer les mystères de l’Un, doit se faire dans le respect car le paradigme kabbalistique veut que le Nom « Shem ha-Mephorash » soit chargé de la puissance de la Création de l’Univers lui-même. Le Kabbaliste pense que le Nom divin est une permutation du Shem ha-Mephorash qui est comme le bouton d’une rose aux mille pétales. Cette puissance si elle est mal comprise ou mal dirigée peut être destructrice. Osons donc méditer sur le Nom, mais dans le respect et la crainte du pouvoir qui est en Lui.

Extrait de l’ouvrage : Introduction à la Voie de la Kabbale, par Spartakus FreeMann.

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Tetragrammaton, Infinitebistromathics, 2009.