Par Spartakus FreeMann

Genèse IV, 25 : « Adam connut encore sa femme et elle enfanta un fils. Elle l’appela du nom de Seth : car Élohim m’a accordé un autre rejeton à la place d’Abel, puisque Caïn l’a tué. »

Selon Chabbat 146a : « Lorsque le serpent eut un rapport avec Havah il jeta en elle de la boue ». De cette boue sortit Caïn. Lorsque Adam connut Havah, il anima cette boue qui résidait en elle de manière latente, un souffle mauvais résidait donc en Havah, souffle issu de l’Autre Côté. Or, Havah dit : « J’ai acquis un homme par YHVH » (Gen. IV, 1), pour cette raison, toutes les œuvres de Caïn relevèrent de cet Autre Côté, du côté gauche. Son frère Abel naquit ensuite, mais sa force et sa vitalité étaient brisées : Abel (Hevel) signifie en effet « vanité » ou « buée ».

Selon les parole même de Havah : « ki schath li Elohim zera’ a’her », « car Elohim a accordé à moi un fils autre ». Schath, שת, provient de la racine « shith », ש’ת, qui signifie mettre, placer ou accorder. Schat peut aussi signifier un fondement et l’on pourrait lire ainsi « et Élohim m’a donné un autre fondement », signal d’un nouveau départ dans les générations d’Adam… Shith en araméen signifie « six ». Et ne sommes-nous pas à nouveau dans les mystères de l’alliance de feu de Beréshit ? « Zera’ » signifie fils ou semence, mais si nous lisons de manière « éclatée » ce mot nous avons « ז, une épée, ‘ר, le mal », une épée contre le mal, mal entré dans le monde par le meurtre d’Abel. Élohim donne donc à Havah une arme contre le mal du Aher, de l’Autre où nous lisons « a’h », אח, le frère. Nous sommes dans la fonction eschatologique et rédemptrice de Seth qui annule et défend contre le « péché » de Caïn.

Le couple Shin-Tav, שת, est identique à celui de Guimel-Dalet, גד, qui selon le Zohar ne peuvent jamais être séparés. Et Guimel-Dalet est la transposition en alphabet AB-GATH de Seth. Or, Dag, c’est le poisson, et le poisson nous renvoie à l’image du Christ, du Sauveur.

En guematria, Seth vaut 700 (ש = 300 et ת = 400) et est rapproché du mot « kapporèth » (כפרת) qui signifie « propitiatoire », la table d’or pur qui recouvrait l’Arche d’Alliance. « Kapporeth » désigne aussi le lieu de la miséricorde et dérive de la racine hébraïque « kaiper » qui signifie pardonner, expier ou purifier. Or, l’Arche d’Alliance était placée au centre du Tabernacle et par là, il représente le centre du monde comme le dit Paul Vuillaud : « le Tabernacle de la Sainteté de YHVH, la résidence de la Shekhinah, est le Saint des Saints qui est le cœur du Temple, qui est lui-même le centre de Sion, comme la Sainte Sion est le centre de la Terre d’Israël, comme la terre d’Israël est le centre du monde ».

Par le procédé du « quaternion », Seth a une valeur de 1000, en effet, 1000 = 300 (Shin) + 700 (Shin Tav) et 1000 c’est la valeur en « quaternion » de Salem (שלם). Salem est la ville qui selon Genèse XIV, 18 désigne la ville dont Melchisedek est le roi. Mais, שלם, c’est aussi la paix, donc, il y a une identité entre la paix et Seth. La venue de Seth représente le chapitre de la paix qui suit celui de la violence du meurtre d’Abel. Mais 1000 c’est aussi la valeur de l’aleph final, la lettre du silence et de l’unité ultime de l’alphabet, l’accomplissement…

Seth réapparaît dans Genèse V, 3, où il est dit qu’Adam vécu 130 ans et eut un fils à sa « ressemblance », דמות, et à son « image », צלם. Ces deux mots ont ici toute leur importance puisque la première fois où l’on rencontre ces mots dans la Bible c’est pour nous parler de la création d’Adam, qui lui aussi est créé à la ressemblance et à l’image de Dieu : « Dieu dit : faisons l’homme à notre image, à notre ressemblance… à l’image de Dieu il le créa mâle et femelle il les créa ». Donc, Seth est une ressemblance d’Adam qui lui-même est une ressemblance de Dieu, ce qui n’était pas le cas pour Caïn et Abel. Ceci se retrouve finalement dans le Nouveau Testament dans Luc III, 38, où l’on parle d’Enosh fils de Seth fils d’Adam fils de Dieu. Seth est donc une génération de l’Adam. Dans le Sicle du Sanctuaire, on fait remarquer cette « formation » de Seth qui le rend digne de recevoir la sagesse de son père, sagesse que le Sicle identifie à la Kabbalah. Par sa ressemblance et par son image Seth est digne de recevoir le lègue de son père Adam.

Seth ce sont aussi les deux dernières lettres de l’alphabet hébreu, le Shin et le Tav. Le Zohar du Cantique des Cantiques dit à ce propos : « Seth : c’est la fin de l’alphabet » (63c).

Nous allons ici brosser un bref aperçu de la symbolique de ces deux lettres, et nous reportons le lecteur aux forums dédiés à la symbolique des lettres pour plus de renseignements. Le Tav est la dernière lettre de l’alphabet et représente ainsi l’aboutissement de la Création. Le Tav est le signe, la marque de la perfection et de l’accomplissement. Le Shin se présente quant à lui comme une réserve d’énergie prête à exploser à se réaliser, à se réaliser dans le Tav justement. Ainsi, Seth est-il celui qui se réalise, qui réalise ses potentialités et permet à l’Adam de se réaliser au travers de lui, selon son image et sa ressemblance. Enfin, Shin signifie Sheqer, mensonge, et Tav signifie Emet, vérité. Or, fait remarquer Aboulafia dans son Épître des Sept Voies (p. 63), si l’on ôte la première lettre de Sheqer et la dernière d’Emet, il reste le mot Miqra, lecture, texte au sens de Saintes Écritures.

Seth accomplit le monde de par son nom même. Si l’on prend la première lettre d’Adam qui est l’aleph, א, le noun – נ – qui suit le mem et le vav – ו – afin de démontrer que de Seth descendent les générations de la rectitude et enfin le shin – ש – initial de Seth, l’on obtient alors Enosh (אנוש), l’homme, mais aussi le premier fils de Seth. Le Aleph, א : « sa forme est l’image et le mystère de l’Homme » (Midrash haNeelam 60d). Le vav, ו, qui est le secret de l’homme et qui représente la sefira Tiferet. Le shin, ש, représente le secret du Char Supérieur et ce sont Abraham (Hessed), Isaac (Gevourah) et Jacob (tiferet) qui est la branche médiane qui équilibre les deux premiers. Enosh est un homme, d’ailleurs, Enosh est le terme générique pour désigner l’homme. Mais si nous lisons à l’intérieur du mot, nous avons alors l’Aleph, א, qui est faible, Noush, נוש. Le souffle primordial qui est faible.

Ajoutons que Enosh, par le procédé du « quaternion » est identique à Na’hash, ce qui nous indique aussi que l’homme est en adéquation avec le serpent du troisième chapitre de la Genèse, le serpent tentateur… Serpent, qui élevé sur le bâton par Moïse est le symbole de la rédemption et de la vie offerte. Nous renvoyons le lecteur aux « Oraisons du serpent » pour une analyse plus approfondie de cette identité entre serpent et messie.

Seth le troisième fils d’Adam. Spartakus FreeMann, Zénith de Libertalia, février 2004 e.v.