Chapitre II : le repentir sauve de l’annihilation

1. IHVH-Adonaï députe un grand poisson pour engloutir Iona. Et c’est Iona dans les entrailles du poisson, trois jours et trois nuits.

2. Iona prie IHVH-Adonaï, son Elohîms, dans les entrailles du poisson.

3. Il dit: « J’ai crié dans ma détresse vers IHVH-Adonaï; il me répond. Du ventre du Shéol, j’ai appelé; tu entends ma voix.

4. Tu m’as jeté dans un gouffre au coeur des mers, un fleuve m’entoure. Tous tes brisants, tes vagues, ont passé sur moi.

5. Et moi, j’ai dit: Je suis répudié loin de tes yeux; mais j’ai continué à regarder le palais de ton sanctuaire.

6. Les eaux me cernent jusqu’à l’être, l’abîme m’entoure, le jonc bande ma tête.

La tombe, le grand poisson, avale alors Yonah, qui se retrouve dans le monde de la mort, dirigé par l’ange Dumah (5). Pendant les trois premiers jours, l’âme reste d’une certaine façon attachée au corps, et croit qu’elle va y retourner. Elle commence toutefois à voir son ancienne enveloppe se décomposer et est saisie de dégoût.

Depuis les enfers où elle se retrouve du fait de ses péchés, la Neshamah implore Dieu. Le fleuve qui l’entoure est la rivière de feu, dans laquelle toutes les Neshamoth doivent se baigner, afin de les purger de leurs péchés.

Les brisants et les vagues, les punitions de HaShem ont puni la Neshamah, qui clame alors le terme de son tourment. Elle craint avoir été répudiée du regard de Dieu, à savoir envoyée dans les limbes, dont il n’est nul retour (6).

7. Aux entrailles des monts, je suis descendu. La terre, ses verrous sont contre moi, en pérennité ! Mais tu fais monter ma vie de la fosse, IHVH-Adonaï, mon Elohîms.

8. Quand mon être s’enveloppe sur moi, je mémorise IHVH-Adonaï; ma prière vient vers toi, au palais de ton sanctuaire.

9. Les conservateurs de fumées vaines abandonnent leur chérissement.

10. Mais moi, à la voix de merci, je sacrifie pour toi; je paie ce que j’ai voué pour le salut de IHVH-Adonaï. »

11. IHVH-Adonaï le dit au poisson, et il vomit Iona sur le sec.

Dans ses derniers moments dans son corps, la Neshamah s’est souvenue de HaShem, ainsi qu’il est écrit « quand mon être s’enveloppe sur moi », et prie. Bien que ce repentir ne puisse pas sauver de la mort, il permet d’échapper à la Géhenne une fois que les péchés ont été purgés par le feu. Cela n’est pas le cas lorsqu’il n’y a pas de repentir ; l’âme est tellement descendue dans la bassesse qu’elle est détruite.

Elle argumente ainsi qu’elle n’a pas été de ceux qui « abandonnent leur chérissement », à savoir ceux qui se cramponnent à leurs biens matériels jusqu’à leur dernier souffle (7). Le « merci », תודה, tient ici lieu de confesser comme c’est le cas dans : « Confessez-vous (תודה) à HaShem, le Dieu de vos pères. » (Ezra 10 :11). Cette confession tient lieu de sacrifice expiatoire, ainsi qu’il est écrit : « Nous offrons des confessions au lieu des taureaux. » Ainsi, HaShem ordonne au monde des morts de libérer la Neshamah et de la renvoyer dans le Jardin d’Éden.

Chapitre III : la Teshuvah sauve le peuple

1. Et c’est la parole de IHVH-Adonaï à Iona, une deuxième fois, pour dire :

2. « Lève-toi, va à Ninevé, la grande ville. Crie-lui le cri dont moi-même je t’ai parlé. »

3. Iona se lève et va à Ninevé, selon la parole de IHVH-Adonaï. Ninevé était une grande ville d’Elohîms, un aller de trois jours !

4. Iona commence par entrer dans la ville, un aller d’un jour; il crie et dit: « Encore quarante jours et Ninevé sera bouleversée ! »

5. Les hommes de Ninevé adhèrent à Elohîms. Ils proclament un jeûne et revêtent des sacs, de leurs grands à leurs petits.

La Neshamah est envoyée sur terre une seconde fois. Elle est donc réincarnée, avec pour tâche la mission qu’elle n’a pas réussi à accomplir dans son incarnation précédente (8). Cette fois, l’âme se prépare à accomplir son rôle.

« Un aller de trois jours » fait référence aux trois occasions annuelles durant lesquelles les peuples du monde marchent dans les pas de Dieu : Rosh Chodesh Elul, Rosh HaShanah, et Yom Kippur (9). Cela signifie que le peuple oublie rapidement ses devoirs envers Dieu, même lorsqu’ils sont rappelés à lui, notamment par le Shofar. C’est pour cette raison que ce dernier n’est pas soufflé la veille de Rosh HaShanah, afin que son absence rappelle à tous sa signification.

« Un aller d’un jour » marque l’avènement de Rosh Chodesh Elul. À partir de ce jour, il reste quarante jours aux hommes pour faire Teshuvah, le repentir, avant la venue de Yom Kippur. Passé ce délai, leur destin sera scellé.

Le jeûne commence alors, qui amènera le pardon tiers par tiers (10). Se vêtir de sacs marque l’humilité.

6. La parole touche le roi de Ninevé. Il se lève de son trône, fait passer sa cape loin de lui, se couvre d’un sac et s’assoit sur la cendre.

7. Il le clame et dit à Ninevé, de la part du roi et de ses grands, pour dire: « Que l’humain, la bête, le bovin, l’ovin ne goûtent rien, ne paissent pas et ne boivent pas d’eau.

8. Que l’humain et la bête se couvrent de sacs, qu’ils crient vers l’Elohîms avec force, qu’ils retournent, chaque homme, de sa mauvaise route, de la violence qui est en leurs paumes.

Le roi, étant plus proche du pouvoir et donc sujet à une plus grande corruption, ajoute à son humiliation en s’asseyant sur de la cendre. « Ses grands » auxquels il s’adresse représentent le Sanhédrin, qui doivent sanctifier le mois.

Les « humains » sont les leaders spirituels et les étudiants de la Torah ; la « bête »désigne ceux qui n’ont pas de connaissance de la Torah. Ils sont subdivisés en deux catégories : « le bovin », celui qui est apostat, le pécheur ; « l’ovin », celui qui ne parvient pas à distinguer le bien et le mal, mais qui suit les leaders spirituels, comme un ovin suit son berger. Le jeûne implique donc tout le monde. Ils ne peuvent pas non plus « paître », donc travailler.

Ils doivent s’humilier et prier HaShem afin qu’Il les pardonne de leurs fautes.

9. Qui sait ? L’Elohîms retournera et se réconfortera; il retournera de la brûlure de sa narine et nous ne serons pas perdus. »

10. L’Elohîms voit leurs actes: oui, ils sont retournés de leur mauvaise route. Elohîms les réconforte du malheur qu’il avait parlé de faire contre eux. Il ne le fait pas.

Dieu vit alors que le peuple faisait Teshuvah, pénitence. On retrouve en effet les lettres de Teshuvah, תשובה, dans la première lettre de « ils jeûnèrent », תענית; « se vêtirent de sac », שק; « s’assirent dans la cendre », ואפר; « pleurèrent », בכי; « et se lamentèrent », הספד.

« Il ne le fait pas », à savoir qu’il ne signe pas l’arrêt de mort du peuple.

Jonas – source inconnue.

Chapitre IV : L’âme souffre de son incarnation passée

1. Cela fait mal à Iona, grand mal, et le brûle.

2. Il prie IHVH-Adonaï et dit: « Holà, IHVH-Adonaï, n’était-ce pas ma parole, tant que j’étais sur ma glèbe ? J’avais anticipé sur cela en fuyant vers Tarshish. Oui, je savais que tu es un Él graciant et matriciel, toi, long de narines, multiple en chérissement, et qui réconforte du malheur.

3. Mais maintenant, IHVH-Adonaï, prends-moi donc mon être ! Oui, ma mort sera meilleure que ma vie. »

Le premier verset exprime la souffrance de la Neshamah qui se réincarne après avoir vécu une vie de péché. Même si elle accomplit sa tâche et vit une incarnation de juste, l’âme souffrira tout de même dans les domaines de la longévité, des enfants, et de sa vie en général. C’est pour cette raison que certains justes vivent une existence misérable alors que des impies mènent une bonne vie.

En ce sens, Yonah envie les gens de Ninevé, qui se sont repentis durant leur vie, et pourront ainsi bénéficier du monde à venir.

La Neshamah implore donc le pardon de Dieu, même si le décret arrêté pour son existence précédente a déjà été exécuté. Il demande donc à HaShem d’abréger ses souffrances en ce monde (11).

4. IHVH-Adonaï dit: « Est-ce bien, que cela te brûle ? »

5. Iona était sorti de la ville et habitait au levant de la ville. Il s’était fait là une cabane et habitait dessous, à l’ombre, jusqu’à voir ce qui en sera de la ville.

6. IHVH-Adonaï députe un ricin; il monte au-dessus de Iona, pour faire une ombre sur sa tête et le secourir dans son malaise. Iona se réjouit du ricin, une grande joie.

Comprenant que HaShem ne répondrait pas favorablement à sa demande de mort, Yonah quitte la ville, à savoir le monde et ses affaires courantes. Dans une simple cabane, il décide de se consacrer à l’étude de la Torah. Il l’étudie à l’ombre, en se tenant à l’écart du soleil qui représente les plaisirs de ce monde. Il espère ainsi améliorer son lot.

HaShem fait alors pousser un ricin, qui représente une portion du monde à venir qui reviendra à Yonah. L’âme ignore toutefois cela et croit que le ricin signifie que sa vie matérielle sera à présent heureuse.

7. L’Elohîms députe un capricorne à la montée de l’aube, le lendemain. Il frappe le ricin, qui sèche.

8. Et c’est quand brille le soleil, Elohîms députe du Levant un souffle caniculaire. Le soleil frappe la tête de Iona, qui s’évanouit. Il demande pour son être de mourir et dit: « Ma mort sera meilleure que ma vie. »

9. Elohîms dit à Iona: « Était-ce bien que cela te brûle, pour un ricin ? » Il dit: « Cela m’a bien brûlé, jusqu’à la mort. »

Dès le lendemain, toutefois, un vers (traduit par « capricorne » par Chouraqui) détruit le ricin, afin que Yonah réalise que les plaisirs physiques sont éphémères et dénués de substance. L’adversité frappe alors Yonah à nouveau.

Celui-ci exprime son profond regret, ses choses matérielles dont le manquement l’affecte jusqu’à la mort. En effet, pour celui qui n’a que ses biens matériels comme richesse, une fois qu’ils lui sont enlevés, il ne lui reste rien dans la vie.

10. IHVH-Adonaï dit: « Toi, tu es exorable envers un ricin, pour lequel tu n’as pas peiné, que tu n’as pas fait grandir; il était le fils d’une nuit, et fils d’une nuit il a péri.

11. Et moi, je ne serais pas exorable envers Ninevé, la grande ville, où existent plus de douze myriades d’humains qui ne connaissent ni leur droite ni leur gauche ? Et la bête est multiple… »

Dieu manifeste alors à Yonah qu’il a profité de biens matériels qu’il n’avait en rien aidé à faire pousser et prospérer ; tout comme ils lui ont été donnés spontanément, ils lui sont repris de même. La courte durée de vie du ricin représente l’incarnation, qui ne peut en rien se comparer à la vie éternelle dans le monde à venir.

HaShem conclut en disant qu’il pardonnera au monde, dans lequel se trouvent douze myriades d’humains, à savoir les justes et ceux qui étudient la Torah. Les juste « qui ne connaissent ni leur droite ni leur gauche », adorent Dieu avec leur inclinaison bonne et leur inclination mauvaise, comme il est écrit : « Tu aimeras HaShem ton Dieu de tout ton cœur et de tout ton pouvoir. » (Deutéronome 6 : 5)

En guise de conclusion…

Ce commentaire éclaire d’une lumière nouvelle l’histoire de Yonah, parfois présentée comme symbolisant une « œuvre au noir », une descente dans les profondeurs de son être, mais ici dépeinte comme le parcours d’une âme. Yonah perd de sa superbe, puisque non seulement il pèche dans sa première incarnation, mais également dans la seconde, bien qu’ayant accompli sa mission.

L’histoire de cet homme décrit également le processus de Teshouvah, par lequel le pardon divin peut être demandé et accordé.

Par dessus tout, le Livre de Yonah nous met en garde contre les tentations du monde matériel, et nous exhorte à toujours tendre l’oreille à l’écoute du divin, et de la mission qui nous est confiée durant nos incarnations.

Notes :

(5) : Dumah, דומה, signifie « silence » car il est écrit : « Les morts ne peuvent louer Dieu ni ceux qui descendent dans le silence. » (Psaumes 115 :17).

(6) : Il y a trois possibilités pour la Neshamah après son incarnation : soit elle est jetée dans la Géhenne où elle sera purifiée avant de se réincarner, soit elle accède au monde à venir, soit elle échoue dans les limbes, desquelles il n’est pas de retour.

(7) : Au sujet des biens matériels et de ceux qui en possèdent de nombreux durant leur existence, il est dit qu’ils ne sont riches que pour pouvoir donner la charité aux nécessiteux. La fortune n’est pas la leur, mais leur est prêtée par HaShem afin qu’ils puissent la dispenser sur terre.

(8) : Le Zohar parle de trois incarnations possibles pour les Neshamoth. La première est référencée par « Tu m’as bannie ce jour », la seconde par « Je dois devenir un vagabond », et la troisième par « et un errant. »

(9) : Le premier jour du mois d’Elul – jour de la réception des commandements –, la nouvelle année selon le calendrier juif, et le jour du grand pardon.

(10) : Un tiers par le jeûne des leaders spirituels, un tiers par le jeûne des pieux, et le dernier tiers par le jeûne d’Israël dans son ensemble.

(11) : Comment peut-on savoir les fautes accomplies durant une existence passée ? La première méthode est d’examiner ses actes et d’identifier les transgressions les plus couramment effectuées. La seconde est d’identifier les transgressions vers lesquelles l’être est le plus facilement attiré. En effet, bien que purifiée, l’âme a été habituée à ces transgressions lors de son existence précédente.

Traduction par Gabri-el

Lire le début de cet article : Yonah commenté par le Gaon de Vilna [1].