Par Spartakus FreeMann

Commentaires basés sur Zohar II, 93b.

« Et le peuple vit les voix… ils virent et tremblèrent » (Exode 20, 15).

La phrase introduisant les Dix Commandements (« Et Dieu dit… ») consiste en 28 lettres et 7 mots, le nombre exact de lettres et de mots de la première phrase de la Torah « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre » (בְּרֵאשִׁית, בָּרָא אֱלֹהִים, אֵת הַשָּׁמַיִם, וְאֵת הָאָרֶץ). Ceci nous enseigne que le don de la Torah représente l’accomplissement de la Création qui reposait sur la condition que le peuple juif accepte la Torah sur le Mont Sinaï (Rashi sur Genèse 1, 31).

« Ces Dix Commandements de la Torah comprennent tous les commandements de la Torah et toutes les choses d’En haut et d’en bas, y compris les Dix Paroles par lesquelles le monde fut créé » (Pirqé Avot 5,1).

Tous les commandements (Mitzvoth) dérivent essentiellement de ces 10 Commandements ce qui nous est suggéré par la valeur numérique du mot « Torah » (תורה) qui vaut 611 et les deux premiers des Dix Commandements que nous avons reçus de Dieu directement. La somme est 613 qui se réfère aux 613 Mitzvoth de la Torah (Talmud, traité Makkoth 23b-24a). Si nous ajoutons aux Mitzvoth, les 7 lois noachides, nous obtenons alors un total de 620 qui représente à la fois le nombre total de lettres présentes dans les Dix Commandements, mais qui est également la valeur numérique du mot Kether (כתר).

Le Midrash Bereshit Rabba (1,1) explique que tout comme l’architecte utilise un plan afin de construire un palais, Dieu utilise la Torah afin de créer le monde. Le Zohar (II, 161a) nous dit à ce sujet : « Dieu regarda dans la Torah et Il créa les mondes à partir d’elle ».

Ces Dix Commandements furent gravés dans des tablettes de pierre et tous les secrets contenus en eux furent révélés aux Israélites qui se tenaient devant le Mont Sinaï. Ils virent cela par leurs propres yeux et leurs coeurs furent capables d’appréhender la Sagesse qui les illuminait. Dieu s’est révélé dans toute Sa splendeur sur le Mont Sinaï d’une telle manière que même le prophète Ézékiel ne put la voir.

Le Talmud (traité Shabbath 146a) nous enseigne que lorsque Ève mangea de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, le serpent l’infecta de son impureté spirituelle. Lorsque les Israélites reçurent les commandements sur le Mont Sinaï, cette impureté spirituelle fut ôtée d’eux.

Rashi nous explique que tout le peuple put voir les voix, chose extraordinaire en soi, « ceci nous enseigne qu’il n’y avait parmi eux aucun aveugle ». Selon Rashi, ce phénomène est appelé synesthésie, un état où les sens sont capables de s’interpénétrer et où un sens est capable d’appréhender ce qu’un autre sens est habituellement capable d’interpréter. Cette capacité du peuple à voir la Parole de Dieu comme le son du Shofar représente un état élevé de la conscience où l’harmonie des sphères, de la musique de la création peut non seulement être entendue, mais également vue. Rashi, dans son commentaire sur Exode 20, 1, se basant sur la Mechilta (Midrash), nous dit que Dieu énonça d’abord l’ensemble des Dix Commandements en une seule fois, puis qu’Il les redit ensuite mot après mot.

« Elohim dit toutes ces paroles pour dire » (Exode 20, 1, trad. Chouraqui)

La Kabbale nous permet de comprendre également les 4 niveaux qu’expérimenta le peuple lorsqu’il est dit dans Exode 20, 18 : « Tout le peuple voit les voix, les torches, la voix du shophar, la montagne fumante ». Ces quatre niveaux correspondent aux quatre lettres du Nom de Dieu.

* Yod (י) – les voix – la sagesse – Hokhmah

* He (ה) – les torches – l’intelligence – Binah

* Vav (ו) – le son du Shofar – les émotions – Midoth

* He (ה) – la montagne fumante – l’expression – Malkhuth.

« Le peuple voit les voix » signifie que lorsque la Torah fut donnée à Israël, le peuple expérimenta l’Unité de la Divinité d’une manière tellement intense que les sens humains de la vue et de l’ouïe fusionnèrent afin que le peuple « puisse voir ce qui s’entend et entendre ce qui se voit ». Ceci reflète le niveau de la Sagesse Divine au sein de l’âme – la Hokhmah, le Yod du Nom Divin – qui est le seul pouvoir de l’âme à percevoir directement l’unité divine.

Les torches représentent le niveau de la flamme intime de l’âme, son désir de retourner à sa source et de se consumer dans l’infinie lumière de Dieu. C’est le niveau de l’expérience de la méditation.

La montagne fumante est une manière de désigner le niveau de l’expérience physique qui s’élève vers le Royaume d’en haut. « Fumante » en hébreu se dit « ashein » (עשן) que la Kabbale explique comme étant l’acronyme des trois dimensions physiques de la réalité : le monde (olam עלם), le temps (shanah) et l’âme (nephesh). Voir la montagne fumer c’est donc faire l’expérience de l’étincelle divine allumant toutes les dimensions de la réalité afin d’y exciter le désir de revenir à leur source.

Image extraite du site Sumon Studios.