Rabbi Siméon ouvrit une de ses conférences par l’exorde suivant : Il est écrit: « Au commencement créa Dieu. » Ce verset demande méditation. Quiconque dit qu’il y a un autre Dieu s’exclut de tous les mondes, ainsi qu’il est écrit : « Vous leur parlerez de la sorte : Les dieux qui n’ont point fait les cieux et la terre seront exterminés de la terre et périront sous les cieux ; cela. » Car il n’y a point d’autres dieux hors du Saint, béni soit-il, qui est le Dieu unique. 9b Ce verset est rédigé dans l’Écriture, en langue chaldaïque, sauf le dernier mot « cela » (Éléh), qui est écrit en langue hébraïque. Pourquoi ? On pourrait répondre que le verset a été rédigé en langue chaldaïque afin qu’il ne soit pas compris des anges qui ne comprennent pas cette langue. Mais pourquoi ne pas l’avoir rédigé en langue hébraïque, pour que les anges le comprennent et témoignent de l’unité de Dieu ? La vraie raison pour laquelle ce verset a été rédigé en langue chaldaïque, est celle-ci : « Afin que les anges ne portassent pas envie aux hommes et ne leur fissent pas de mal.» Car, par l’expression « les dieux qui n’ont point fait les cieux et la terre », l’Écriture désigne certains anges qui, révoltés contre le ciel, se font passer pour des dieux. L’Écriture se sert du mot « arga » pour désigner la terre, alors que la terre, en langue chaldaïque, est appelée « area ». Pourquoi ? C’est pour faire allusion à « Arqa », qui est une des sept terres existantes en bas ; là habitent les petits-fils de Caïn. Après avoir été chassé de la terre, Caïn descendit à « Arqa », où il engendra des enfants. Caïn se trouva soudainement sur «Arqa », sans savoir par qui il avait été transporté. La terre «Arqa » est formée de deux parties, dont l’une est constamment inondée de lumière, et l’autre toujours plongée dans les ténèbres. Il y a là deux chefs, dont l’un règne sur la partie éclairée, et l’autre sur la partie privée de lumière. Ces deux chefs étaient constamment en guerre l’un contre l’autre. A l’époque où Caïn descendit à « Arqa », il opéra l’union de ces deux chefs, en complétant l’un par l’autre. C’est sous cette forme unie qu’ils s’aperçurent que c’est à Caïn qu’ils devaient leur existence, et que, partant, ils étaient ses enfants. C’est pourquoi, bien qu’unis, ils ont deux têtes, comme s’ils avaient deux corps. Au lieu d’être réparties entre les deux différentes parties de l’ « Arqa », la lumière et les ténèbres se succèdent 3 alternativement sur l’« Arqa » ; seulement, quand il fait jour, c’est la tête du chef de la partie de l’« Arqa », précédemment toujours éclairée, qui domine ; et quand il fait nuit, c’est la tête de l’autre chef qui domine. Ce changement dans la répartition de la lumière et des ténèbres sur l’« Arqa » est survenu à la suite de l’union des deux chefs en un seul. Mais ces deux têtes étant réunies sur un seul corps, il s’ensuit que la lumière n’est pas pure de tout alliage ténébreux, et les ténèbres ne sont pas entièrement dépourvues de lumière. Ainsi furent unis ces deux chefs, dont l’un s’appelle « Aphrira » et l’autre « Qastimon ». Avant leur union, ils étaient semblables aux anges, pourvus de six ailes 4 ; l’un avait la forme d’un bœuf, l’autre celle d’un aigle. Quand ils furent réunis ensemble, ils prirent la forme d’un homme, et c’est sous cette forme qu’ils engendrèrent d’autres êtres semblables à eux. Lorsqu’ils se trouvent dans les ténèbres, ils se métamorphosent en un serpent à deux têtes ; ils rampent comme un serpent ; ils se plongent dans le grand océan et descendent à l’Abîme, séjour des dénions. Lorsqu’ils atteignent le repaire d’« Aza» et d’ « Azaèl », ils irritent ceux-ci et les narguent au point de leur faire prendre la fuite. « Aza » et « Azaël » se sauvent vers les montagnes obscures, craignant que l’heure ne soit déjà venue de rendre compte de leur conduite au Saint, béni soit-il.

Les deux chefs traversent ensuite le grand océan à la nage, s’élèvent dans les airs et vont visiter, pendant la nuit, « Naàmâ », la mère des démons, celle qui a séduit les premiers anges. Celle-ci parcourt d’un bond six mille parasanges, en prenant successivement diverses formes humaines, pour séduire et corrompre les hommes. Les deux chefs s’élèvent enfin dans les airs, parcourent toute la terre et retournent à « Arqa », où ils vont exciter les petits-fils de Caïn, en leur suggérant des pensées de luxure, à engendrer dans le péché. Vue de l’ «Arqa la disposition des constellations est différente de celle que nous apercevons de notre terre. La saison des semailles et des récoltes y est également différente des nôtres ; elles ne s’y renouvellent qu’au bout d’un nombre considérable d’années et de siècles. En disant : « Les dieux qui n’ont point fait les cieux et la terre seront exterminés de la terre et périront sous les cieux ; cela », l’Écriture veut dire que les deux chefs de l’ « Arqa» qui se font passer pour des dieux, mais qui, en vérité, n’ont point fait ni les cieux ni l’« Arqa », seront exterminés de la terre, c’est-à-dire de notre terre appelée « Thèbel », et qui est supérieure aux six autres. Par les mots « seront exterminés », l’Écriture entend que ces deux chefs n’auront aucun pouvoir sur les habitants de notre terre, qu’ils ne pourront plus parcourir les régions placées sous nos cieux, c’est-à-dire les régions d’où la disposition des constellations paraît exactement telle que nous la voyons de notre terre, qu’ils seront enfin impuissants à souiller les corps des hommes, en provoquant, pendant la nuit, chez ceux-ci, des pertes séminales. Et l’Écriture ajoute : « Cela », c’est-à-dire le bannissement de ces deux chefs s’opérera par « Cela » (Éléh), au nom de qui les cieux et la terre furent créés, ainsi que nous l’avons déjà dit précédemment. C’est pourquoi ce verset biblique a été rédigé en langue chaldaïque, afin que les anges supérieurs ne se méprissent sur le mot « dieux » et ne crussent que ce mot les désignât ; car ils n’auraient pas manqué, dans ce cas, de requérir contre les humains. C’est pourquoi également le mot « Cela » (Éléh) est écrit en langue hébraïque, parce qu’il désigne le nom sacré, qui ne peut pas se traduire en langue chaldaïque, s’écrivant identiquement dans toutes les langues.