Par Spartakus FreeMann

Rabbi Joseph Tzayach est né en 1505 et est mort en 1573. Il fut l’un des kabbalistes les plus mystérieux du 16e siècle et nous disposons de peu d’informations sur sa vie. Selon Aryeh Kaplan : « Rabbi Joseph Tzayach fut influencé, semble-t-il, par l’école kabbalistique d’Aboulafia, et de nombreuses idées discutées par lui semblent être reprises des écrits d’Aboulafia ». Il était également un théologien et une figure majeure de l’enseignement talmudique à Jérusalem et à Damas (même Joseph Caro invoque son autorité dans son Abkat Rokel). Tzayach était un mystique porté, sans doute sous l’influence des œuvres d’Aboulafia, vers le prophétisme.

Parmi les disciples de Tzayach on connaît Isaac Adarbi, Samuel di Medina et Salomon Halevi Alkabetz.

Ses œuvres kabbalistiques principales sont : Even Hashoham (La Pierre d’Onyx), Tzeror Hachaïm (Le Lien de la Vie), Tzaphanat Paneach et le Sherith Yoseph.

Dans ses écrits kabbalistiques, Joseph Tzayach discourt des carrés magiques et de leur utilisation dans la fabrication d’amulettes. Dans ses Responsa, au sujet des carrés magiques, il affirme que les ensembles numériques étaient déjà connus des anciens kabbalistes comme possédant un lien symbolique et chronologique avec les planètes (Saturne, Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure et la Lune) que l’on pouvait découvrir selon un système mathématique réintroduit en Occident par Emmanuel Moshopoulos vers 1460.

Le premier de ces carrés est, bien sûr, celui d’ordre 3 dont chaque ligne horizontale et verticale donne une somme de 15 (selon la formule 3*((3²+1)/2)=15). Il contient les 9 premiers nombres auxquels on associe généralement des lettres :

Dans son système, cependant, Rabbi Tzayach ne s’arrête pas aux 7 planètes visibles et connues, mais il prolonge le système en associant des carrés magiques au 10 Sephiroth de l’Arbre de Vie. Celles-ci sont alors représentées par des carrés magiques d’ordre 10 à 20, comme suit :

Kether : carré en base 10 (10×10)

Hokhmah : carré en base 11

Binah : carré en base 12

Hessed : carré en base 13

Guebourah : carré en base 14

Tiphereth : carré en base 16

Netzach : carré en base 18

Hod : carré en base 18

Yesod : carré en base 19

Malkhuth : carré en base 20.

Ces carrés étaient, semble-t-il, utilisés lors de méditations où chaque rang horizontal devenait une « maison » tandis que chaque ligne verticale devenait une « pièce ». Ainsi, dans le carré magique d’ordre 10, qui représente Kether (la Couronne) en tant que Premier principe, ou première cause, la première « pièce » de la première maison est « 1 », la seconde est « 2 », la troisième est « 98 » et la quatrième est « 97 ».

Carré de Kether

Dans un de ses écrits, Tzayach nous dit : « si tu observes attentivement l’ordre des nombres dans les maisons et les pièces, tu comprendras le merveilleux concept concernant le mystère de l’ordre d’Atziluth. Mais je n’ai pas l’autorité pour te révéler les raisons pour lesquelles les nombres sont associés à chaque pièce » (Even Hashoshan, page 29ff). Il conclut que « cela fait partie des plus profonds mystères de la très haute Merkhavah impliquant l’utilisation des 72 anges portant le Nom mystique de Dieu Shemhamephorash. Cela n’est décrit que par analogie dans des livres ou des rouleaux. La mystérieuse raison à cela est que l’on dit qu’ils sont entourés par l’Aïn Soph où aucun œil ne peut pénétrer » (Even Hashoshan, page 42a). D’ailleurs, Rabbi Joseph nous met d’ailleurs en garde de ne jamais modifier ces carrés, car ils sont intimement associés à la Gloire de Dieu.

Ce système, dans lequel de grands carrés magiques sont utilisés, rappelle celui développé par les Arabes et, étant donné la région où vivait Rabbi Joseph, on peut supposer que des échanges ont eu lieu entre les mystiques et soufis musulmans et les kabbalistes juifs. Bohak pose d’ailleurs cette hypothèse dans son étude sur la magie juive : « les carrés magiques ont pénétré la tradition magique juive sous l’influence musulmane » (Gideon Bohak, Ancient Jewish Magic, Cambridge University Press, 2008). Et, Tzayach écrira lui-même qu’il a reçu ces carrés de son « maître », probablement Abraham Castro, l’un des chefs de la communauté juive en Égypte qui fut un membre influent de l’administration turque sous le Sultan Selim Ier.

D’autres références aux carrés magiques concernant leur implication dans les mystères de la Création peuvent également être trouvées dans les écrits des contemporains de Tzayach tels Rabbi Joseph Tirshom et son Shoshan Yesod Olam (la Rose, Fondement de l’Univers, 1550), Rabbi Eliahou Baal Shem Tov et son Toledot Adam (Générations d’Adam) et Rabbi Isaïe Horowitz et son Shneï Luchot HaBrit (Les Deux Tables d’Alliance). On en trouvera encore dans le Shorsheï ha-Shemoth de Moïse Zacuto (voir l’article de Jacobus Swart : « Moïse Zacuto et son Shorshei ha-Shemoth » sur ce site).

Rabbi Tzayach et les Carrés Magiques, Spartakus FreeMann, février 2009 e.v.

Melancholia I, Dürer, 1514.