Au-delà de la Torah

Par Gabri-el.

Interrogations personnelles quant à l’usage de la Torah au centre des pratiques de Kabbale.

La Torah est le livre fondamental de la Kabbale, bien avant le Zohar – qui en est un commentaire mystique –, et bien avant le Sepher Yetzirah. Les commandements et les interdits qui s’y trouvent ont une importance capitale dans le processus du tikkun ; la liturgie journalière, les fêtes, les interdits alimentaires… ont tous un rôle à remplir.

Pourtant, nous savons que la Torah n’a pas été écrite par Hashem. Une main de feu n’est pas descendue des cieux pour écrire des tables. La Torah a une histoire bien humaine, plusieurs auteurs, et sa forme a évolué durant plusieurs siècles avant de devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Même son nombre de lettres, qu’on dit pourtant immuable, a changé au fil du temps.

La Torah est un livre écrit par des hommes. Une bonne partie de ses pages est composée de récits historiques plus ou moins corrects, tandis qu’une autre constitue un code socio-politique destiné à lier le peuple juif dispersé… Pourquoi donc l’étudier ?? En réponse à cette question, je vois trois possibilités.

Le premier cas de figure se base sur l’immanence d’Hashem et est donc difficilement réfutable. La Torah, bien qu’écrite « tardivement », existait conceptuellement depuis le Commencement. Hashem aurait donc très bien pu se baser sur la Torah, qui n’aurait été physiquement écrite que bien après la création de l’univers.

Ce plan de création, comme la Torah est parfois décrite, a donc toujours existé. Tôt ou tard, il allait advenir qu’elle surgisse sous forme écrite.

La Torah aurait donc effectivement une provenance divine qui dépasse largement le cadre des humains qui l’ont écrite. Dans ce cas, ces auteurs auraient été, bon gré mal gré, et quels qu’aient pu être leurs motifs, des exécutants de la volonté d’Hashem.

Dans le second cas de figure, il convient de déceler ce qui est inspiré et ce qui ne l’est pas. C’est loin d’être chose facile, car la Torah est à elle seule un puissant réservoir d’énergie, alimenté depuis plusieurs millénaires par de très nombreux fervents croyants.

Certains passages rayonnent pourtant d’une lumière toute particulière, et essayer de pénétrer leur mystère est un voyage mystique qui peut être d’une grande intensité. L’esprit de sainteté aurait donc bel et bien soufflé sur certains auteurs pour leur inspirer ces passages au sens profond.

Dans le dernier cas de figure, la Torah est utilisée comme un support de travail, dont la valeur intrinsèque passe après la valeur subjective que lui trouve son lecteur. Peu importe le sens de la Torah, ce qu’on lui trouve est l’aboutissement de la recherche.

L’avantage, c’est qu’il n’est nul besoin d’être juif ou de lire l’hébreu, pour travailler avec la Torah. Dans une certaine mesure, il n’est même pas nécessaire de croire en Hashem ! L’inconvénient c’est qu’on peut faire dire tout et n’importe quoi à un symbole dont on change le sens à son gré. Peu d’intérêt, donc.

Sachant cela, nous autres kabbalistes souvent trop dilettantes, sans la conduite d’un maître pour diriger les efforts, nous sommes bien dépourvus quand advient le moment inévitable de l’étude de la Torah. Sa lecture à elle seule est déjà très puissante, et l’étreinte du dogme saisit inévitablement celui qui se plonge dans les mitsvoth.

L’idée de conversion se profile plus ou moins rapidement, en même temps que le désir de vivre en accord avec la volonté – quelle qu’elle puisse être – exprimée dans la Torah.

Sans doute peut venir par la suite l’envie de voir au-delà de la Torah, trouver son sens caché… ce qui est, après tout, un objectif de la Kabbale.

La Kabbale apporte avec elle un précieux instrument objectif : la Guématrie. À chaque lettre est dévolue un petit nombre de valeurs (selon différentes tables, heureusement peu nombreuses) et le symbolisme, les liens, et les sens, qu’on peut découvrir se font donc dans le cadre rigide des mathématiques. Les réponses en gagnent une objectivité heureuse.

L’aspect énergétique des méthodes de Kabbale se met également en branle lorsqu’on pratique la Kabbale des lettres, notamment celle d’Aboulafia. Les lettres deviennent les symboles d’une énergie propre, tourbillonnant dans le microcosme de l’homme qui les permute, faisant écho au macrocosme, et se réunissant à lui.

Travail énergétique également via les séphiroth, véritable plan de travail sur soi, surtout lorsqu’il est étudié en parallèle avec les noms divins appropriés. Il existe également d’autres méthodes de méditation éprouvées par des maîtres tels le Baal Shem Tov.

Si on peut mettre en doute la portée réparatrice des commandements, on ne peut leur nier une qualité très importante : celle de sanctifier les moments les plus banals de la vie quotidienne. Chaque acte prend une portée sacrée, et les pensées en sont donc tournées vers la spiritualité. C’est là, à mon sens, la grande force des pratiquants.

On pourra argumenter qu’un acte sacré peut être dénué de toute sa spiritualité s’il est pratiqué sans conviction. C’est un fait. Libre à chacun d’ajouter sa foi à ses actes ou de les laisser vides de sens. Mais le cadre est posé ; plusieurs moments de la journée peuvent être consacrés à se détacher du quotidien et à porter son attention sur la dimension divine.

Mais cela peut se faire dans bien des cadres religieux, et pas seulement celui du judaïsme. On peut imaginer des religions individuelles, avec des rites quotidiens créés de toutes pièces, dont la portée serait de retrouver un contact aussi régulier que possible avec la spiritualité. La Kabbale pourrait-elle ainsi se passer de la Torah, comme veut le faire croire la mouvance moderne occidentale ?

J’ai mon opinion à ce sujet, et je vous invite à partager ici la vôtre.

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  1. toutes Révélation passe par un humain, même si les Prophètes, Amour et Lumière a eux pour Sa Gloire, son des êtres élus, ils ont une bae humaine dans notre monde, malgrés eux, il filtrent La Révélation reçue par leurs personalités, leurs vécus.
    Toutes transmissions perdt un peu de sa substance en étant traduite en mot. Car toute création humaine a ses limites, c’est pour cela que les anciens imaginaient la révélation par une piramide inversée, large a sa base(Dieu) et de plus en plus fine vers sa manifestation, perdant de plus en plus de sa largeur par l’interprétation. plus il y a de filtre et plus il y a de perte.
    Seul Dieu compte, et Lui seul donne à qui il veut.
    Il peut donné La Révelation a chaque humain, quand il sera pret.chaque humain a sa vision du monde , chaque humain pourrait avoir sa kabbal si Dieu le veut.
    donc pour moi oui la kabbal peut se passer de la Torah, seul compte la volonté de Dieu