Lectures de la Bible

Par Tamino

La plupart d’entre nous ont pris contact avec la Bible en étant très jeunes et dans le cadre d’une éducation religieuse. L’enfant que nous étions, a sans doute cru à ces histoires dans le schéma général du merveilleux de l’enfance. L’adolescence et la maturité en ont éloigné beaucoup de ce livre, pour diverses raisons, et ceux qui sont devenus Maçons le retrouvent, quelque fois avec étonnement.

Des questions légitimes se posent :

Pourquoi lire la Bible aujourd’hui ? Cela a-t-il un intérêt ?

Comment la lire ? Faut-il tout lire ?

Quelle Bible lire ?

La question de savoir pourquoi la Bible est en Loge aura peut-être, au moins en partie je l’espère, une réponse après la lecture de ce travail. La réponse à toutes ces questions sera le corps de cette planche, mais auparavant il faut d’abord s’interroger sur ce qu’est la Bible et comment elle a été interprétée au cours des siècles.

La Bible n’est pas un livre mais une bibliothèque, composée de plusieurs livres dont l’ordonnancement a donné lieu à de savants et laborieux compromis dans les temps anciens.

Pourquoi ce nom : « la » Bible ? Le latin Biblia procède du grec ta biblia (= les livres). C’était un pluriel neutre : « Les livres » (saints). Mais Biblia a été compris comme un féminin singulier. C’est pour cela qu’on a dans les langues européennes : La Bible, die Bibel, la Biblia, etc.

La Torah ou Loi, les prophètes et les écrits, autrement dit l’Ancien Testament suffit aux Juifs, tandis que les chrétiens y ajoutent les Évangiles ou Nouveau Testament plus quelques livres classés dans l’Ancien Testament et tirés de la Septante [1] pour les catholiques.

Les livres, écrits sur plusieurs siècles, ne sont pas tous classés par ordre chronologique et leur genre va de la poésie à la prophétie en passant par des textes législatifs ou des récits historiques ainsi que des constructions hautement symboliques comme l’Apocalypse. Les auteurs sont des lettrés, sans aucun doute des initiés, qui ont voulu faire passer un message intemporel par l’intermédiaire de récits allégoriques et symboliques. L’allégorie et le symbole n’étant pas un genre accessible au commun des mortels, ces textes ont été interprétés de diverses manières à travers les siècles.

Les différentes lectures

La lecture au 1er degré ou exégèse littérale n’est pas réservée aux seuls enfants et aujourd’hui encore aux États-unis, certains États, dans le cadre de l’enseignement obligatoire et même certains dirigeants nationaux, prennent au pied de la lettre le récit de la création de l’homme. Pour ces créationnistes, l’homme a été crée ex-nihilo tel qu’il est et sera toujours (fixisme), par Dieu il y a quelques milliers d’années (5562 ans avant l’ère chrétienne !) et la théorie de l’évolution, communément admise dans ses grandes lignes par tous les scientifiques, est fausse selon eux. Pour ces gens, la réalité doit absolument coller au dogme d’une religion et il semble donc qu’ils aient loupé un gros épisode depuis Galilée. Les excès de cette lecture ont conduit à l’inquisition et à ses crimes. Herman van Risjswick fut condamné au bûcher en 1512 pour avoir déclaré : « je nie que Moïse ait reçu la Loi lors d’un face à face avec Dieu. Notre foi est fondée sur des fables ».

Pourtant, parmi les chrétiens et très tôt, saint Augustin, dans son commentaire de la signification littérale de la Genèse (De Genesi ad Litteram, 401-415), était tout à fait conscient de l’apparente divergence entre la vision scientifique contemporaine du monde et celle des auteurs bibliques. Il en est de même de Philon [2] qui était convaincu que certains passages des écritures ne pouvaient pas être vrais au sens littéral. Malgré ces efforts et quelques autres du même genre, ce n’est qu’au siècle des Lumières, c’est-à-dire aux XVIIe et XVIIIe siècles, que la Bible fut étudiée de manière vraiment critique.

Entre les deux, et aussi incroyable que cela paraisse, la religion, exotérique, a fait l’objet d’un processus de rationalisation. Les théologiens des diverses religions ont privilégié la pensée logique, le dogme et la norme contre les symboles et l’expérience mystique. Dans l’histoire du christianisme, le XVIème siècle marque une rupture fondamentale avec d’un côté la naissance de la Réforme protestante, qui constitue une critique de la pensée dogmatique, et de l’autre la réponse du catholicisme avec la Contre-réforme, mise en oeuvre au concile de Trente, qui élabore un catéchisme, c’est-à-dire un ensemble de définitions de ce qu’il faut croire. C’est un extraordinaire verrouillage théologique qui ne laisse plus de place au mystère, à l’expérience, à l’imaginaire, mais entend tout expliquer et tout définir. A l’heure actuelle, et pour la plupart des gens, le christianisme, c’est d’abord ce qu’il faut croire et ne pas croire, ce qu’il faut faire et ne pas faire. On est très loin de l’Évangile et du sacré [3] !

Citons pour mémoire et sans nous appesantir, d’autres approches, qui, pour être intéressantes en soi, ne concernent pas l’initié. L’appréciation purement littéraire ou la forme est le réceptacle du trésor • la vision scientifique où la Bible n’est qu’un corpus documentaire pour tel ou tel spécialiste d’archéologie ou de sémiologie, sans compter ceux qui essayent d’expliquer des mythes par la science (exemple : le Déluge).

Attardons-nous plutôt sur les 4 niveaux de lecture établis par les kabbalistes et que l’exégèse chrétienne fait sienne avec de légères variations. Ces 4 niveaux sont résumés par le terme PARDES, acronyme 4 pour Pshat, Remez, Drash, Sod, et qui veut dire « jardin, verger » et par extension, paradis (de la connaissance). Pour les kabbalistes, il existe toujours un sens sous le sens. Chaque interprétation différente d’un texte correspond à une élévation de la conscience vers plus de compréhension, jusqu’à atteindre le Sens, union avec l’esprit même de celui qui traça les mots. Ces considérations visent un but : relativiser sa perception du réel, multiplier les regards pour espérer mieux voir [5].

Pshat : interprétation simple des Écritures (lecture au premier degré), interprétation littérale. Remez allusion, recherche du sens caché dans le texte (graphie, polysémie de l’hébreu, …) on entre dans une dimension symbolique.

Drash : vue globale et contextuelle regroupant toutes les interprétations possibles (quête d’exhaustivité). On ne reste plus neutre par rapport au texte, il nous fait évoluer, mais cela reste au niveau intellectuel. On y arrive en s’aidant des outils dont dispose le kabbaliste :

Le tsérouf : c.a.d. la technique qui consiste à considérer le mot ou le verset interprété comme un anagramme qu’il faut décoder.

Le notarikon : c.a.d. C’est une méthode qui fonctionne à double sens. Soit elle considère un mot comme l’acrostiche [6] d’une expression : le mois d’elul, qui précède Rosh Hashana, se décompose ainsi en ani ledodi vedodi li, « Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi », tiré du Cantique des Cantiques. Soit elle prend les initiales ou les finales des mots d’un verset pour former un nouveau mot. Une des plus surprenantes se trouve en Ex. 3, 13 ; Moïse demande à Dieu : s’ils me disent quel est son nom que dire ? : ‘li mah shemo mah’. Autrement dit, la réponse est dans la question…

La guématrie : c.a.d. la technique qui consiste à associer une ou plusieurs valeurs numériques à un mot ou une expression en vertu de nombres associés aux lettres et de trouver ainsi des équivalences avec d’autres mots, ce qui permet d’établir des ponts pour poursuivre la réflexion.

Sod : le “Secret”, l’accès au sens lui-même, celui qui ne fait pas l’objet de commentaires discursifs et qui est permis quand on a compris son être profond. On est sorti du texte pour entrer dans l’expérience mystique.

L’exégèse chrétienne distingue elle aussi quatre sens différents : le sens littéral, le sens allégorique, le sens moral, le sens anagogique [7]. Mais il y a des différences entre l’exégèse juive et chrétienne : si le lecteur chrétien du Moyen Age avait à sa disposition ces 4 possibilités, celles-ci étaient soigneusement règlementées. Il pouvait certes choisir, mais la signification des figures allégoriques est déterminée par les encyclopédies, les bestiaires et lapidaires de l’époque et leur symbolique est prédéterminée et institutionnelle.

1. Élévation de l’âme vers le divin.

2. Interprétation spirituelle et mystique de l’Écriture.

Au contraire, l’exégèse juive ou kabbalistique, laisse entière liberté au lecteur pour l’interprétation. Bien sûr, l’une peut exclure l’autre, mais sans la nier. Et dans cette tradition il n’y a pas de clôture du sens. Ceci est facilité par la polysémie de l’hébreu et par le fait qu’il n’y a pas de voyelles dans les textes hébreux originaux.

Alors, au vu de toutes ces possibilités, comment le Franc-Maçon du XXI° siècle peut-il lire la Bible ?

Il est temps de lire la Bible hors de toute approche confessionnelle ou dogmatique, ce qui n’empêche pas d’avoir une foi. Une approche purement philologique8 ou historique serait également partielle et réductrice. Il faut lire la Bible en se posant la question suivante : ce texte a t-il aujourd’hui, ici et maintenant, quelque chose à m’enseigner ? Car il est absolument certain que rien n’a été écrit au hasard et qu’un enseignement toujours actuel se trouve dans certains de ces textes. Il y a évidemment un effort à faire, exactement le même qu’ont fait les Esséniens en commentant et en actualisant à leur époque les textes des prophètes Isaïe, Habacuc et d’autres encore, textes écrits quelques siècles auparavant. Et la Franc-Maçonnerie n’a rien fait d’autre en créant de toute pièces le très beau mythe d’Hiram pour enseigner des vérités éternelles au futur Maître. Lire la Bible n’implique pas d’arriver à un quelconque consensus exégétique, philosophique et encore moins dogmatique. Chacun aura sa lecture, mais qui ne sera jamais la seule possible. Ce qui compte c’est ce que me donne, à moi, le texte lu et la saveur particulière que j’en retire, même si je me suis aidé de commentaires savants et de bonnes traductions.

Car la question se pose aussi de savoir quelle Bible lire. Sachant que toute traduction est une trahison, (tradutore, traditore), l’idéal est de la lire dans le texte, c.a.d. l’hébreu biblique (et un peu d’araméen) pour l’Ancien Testament et le grec ancien pour le Nouveau Testament. Bien rares sont ceux qui maîtrisent les deux et il est donc nécessaire de passer par des traductions. Mais quiconque se lance dans l’étude d’un texte biblique doit d’abord s’assurer que ce texte, tel qu’il a été transmis, est aussi exact que possible, et doit ensuite savoir que la traduction est déjà une interprétation.

Un exemple d’interprétation pour l’Ancien Testament et un exemple pour le Nouveau Testament. Dans l’Ancien Testament… « Leurs yeux s’ouvrirent et ils surent qu’ils étaient nus… » Genèse 3,7. L’ouverture des yeux et par conséquent la vision, n’a rien à voir avec la prise de conscience d’une telle nudité. D’ailleurs, le texte hébreu ne dit pas : « et ils virent qu’ils étaient nus », mais « ils surent » [9]. Il est question, non d’une nouvelle vision, mais d’une nouvelle connaissance…

Tout le texte porte sur la connaissance. Il y aura d’ailleurs – dans la suite du récit – un arbre pour cela. Mais on sait hélas que la nudité a été présentée comme honteuse, ce qui assura la prospérité des futurs psychanalystes à travers tous les refoulements confessés. Dans le Nouveau Testament, le début du prologue de l’Evangile selon St-Jean est traduit par, « au commencement était le verbe », ou « au commencement était la parole ». Cela vient de la traduction de la Vulgate latine, Bible catholique officielle créée par Saint Jérôme au 3ème siècle et qui a traduit « logos » par « verbum ».

Or « logos » est un substantif grec si complexe qu’il a donné naissance à des dizaines de pages pour son interprétation. Il en est une qui nous intéresse singulièrement, c’est le logos tel que l’entendait Héraclite : pour lui, le « logos » est– ce qui structure le monde aux yeux de l’homme –, mais aussi la loi selon laquelle le monde se dirige, le principe d’ordonnancement du cosmos. Cela ressemble étrangement au Grand Architecte de l’Univers ! Logos n’est pas qu’un simple mot. Le mot se traduit certes par « parole », parole dans toutes ses manifestations, mais avec cette particularité de l’esprit grec qu’est l’explication. Le Grec veut comprendre la réalité, en rendre compte (le sens fondamental de la racine leg- est «rassembler », d’où « compter, raconter, dire»). On parle pour rendre les choses intelligibles : la parole met de l’ordre dans le fouillis que peut être le réel avant qu’on en dise le sens [10].

On est donc loin du sens commun que lui attribue le lecteur lambda et aussi du sens théologique où le Verbe est le titre christologique. Mais l’erreur sans doute la plus phénoménale provient d’une mauvaise traduction d’une expression de Saint Paul dans l’Epître aux Romains 5,12. Cette traduction latine dit : « Adam, en qui tous ont péché » alors que le texte grec dit : « étant donné la circonstance que tous ont péché ». Cette traduction latine a été dans les mains de Saint Augustin qui ne connaissait pas le grec, mais dont on connaît le poids dans la pensée chrétienne, traduction qui l’a autorisé à parler de péché héréditaire qui se transmet de génération en génération. On voit ici l’importance de savoir lire dans le texte !

Mais au-delà des traductions orientées et ayant une portée théologique, il y a quelque fois de réelles difficultés de traduction dues à l’absence de graphie dans les lettres finales de certains mots hébreux : confusion notamment avec le pronom personnel « lo לא» et la négation « là’ לו», exemple : Gn 26,32 :

אשר חפרו ו’אמרו לו מצאנו מים ו יהי ביום ההוא נילאו עבדי יצחק ויגדו לו עלאדנת הבאר

« Or ce fut ce jour-là que les serviteurs d’Isaac lui apportèrent des nouvelles du puits qu’ils creusaient et ils lui dirent : Nous avons trouvé l’eau ! » Le texte massorétique [11] dit qu’ils ont trouvé l’eau, alors que la Septante dit exactement le contraire : ils n’ont pas trouvé d’eau !

Enfin, dernier mot pour évoquer les difficultés que rencontre tout traducteur : certaines tournures, propres à chaque langue ne peuvent pas être traduites littéralement et quelques fois c’est la sonorité d’un jeu de mot qui fait sens plutôt que le texte lui-même. C’est notamment le cas dans le récit de la Tour de Babel où c’est le son qui est porteur de signification. Dans ce genre de textes, le « vrai » n’est pas nécessairement l’étymologie savante qui peut parfois détourner de la signification voulue par l’auteur. Prenons ce récit de la Tour de Babel comme exemple pour utiliser la grille kabbaliste des différents sens :

Sens littéral : construction d’une très haute tour avec les matériaux du pays par des hommes parlant une seule langue.

Sens allégorique : quand l’orgueil de l’homme va trop loin, il est punit par Dieu.

Herméneutique globale : mais on s’en tiendra à l’aspect du langage.

L’état de l’humanité décrit dans ce chapitre, est moins une unité qu’une uniformité. Tous les hommes se disent la même chose en ânonnant les mêmes mots. Il y a un jeu de mots intraduisible dans le verset 3 : « briquetons des briques et cuisons en cuisson ». Le langage répétitif donne l’impression qu’une chose est une autre : la brique (levéna) sert de pierre (le’aven) et le bitume (hakhémar) sert de mortier (hakhomer). Le régime décrit est le totalitarisme (Nemrod). L’unité se réalise sur le mode de l’uniformisation et sur l’élimination des singularités des individus et donc des possibles dissidences. Vous aurez remarqué l’utilisation des sonorités pour l’exégèse.

Vous aurez remarqué que le totalitarisme n’est pas une invention du XX° siècle. Vous remarquerez en lisant ce court chapitre de 9 versets en entier que la solution proposée par la Bible pour éviter cela est le dialogue avec les autres qui ont des choses à apporter par leur altérité, altérité symbolisée par un langage différent. De ce fait, la multiplicité des langues est une bénédiction et non une malédiction.

Cette courte explication me permettra de faire la transition vers la question importante : Pourquoi lire la Bible ?

Outre le merveilleux de tous ces récits, quelle leçon de vie ils nous offrent ! Toutes ces expériences humaines sont si proches des nôtres, si exemplaires de tout parcours spirituel, qu’elles ne peuvent pas ne pas éclairer nos existences. Chacun de ces textes contient un enseignement sur l’homme de tous les temps. Il s’agit de tout homme qui est ici fils d’Adam (= « genre humain »), mais aussi -comme le notera plus tard l’évangile de Luc- fils de Dieu (Luc 3,38). Violences et meurtres parsèment l’histoire de cet Adam mais il y a aussi et toujours, une évolution possible par laquelle cet homme pourra s’ouvrir à une réalité différente. Les religions ont voulu en montrer le chemin – c’est ce qu’elles ont prétendu – mais pas toujours fait ! Cet enseignement était actuel hier, il est « vrai » ici et maintenant, et le sera demain encore.

Pourquoi ? Parce que cet enseignement utilise les mythes et (les paraboles pour le NT) comme méthode. Ces outils ont une grande qualité : Ils ne vieillissent pas ! ils ont une vérité psychologique ou spirituelle et non pas historique. Là où le profane ne voit qu’une histoire, l’initié décrypte un enseignement valable pour son évolution spirituelle. Là où le profane voit des personnages ou des lieux, l’initié voit des états de conscience au sein du même individu. Leur évolution décrit les phases du développement spirituel de l’homme.

Prenons un exemple : Genèse 12 : 1 :

אשר א רא ויאמר יהוה אלאברם ל ל מא רצ וממול דת ומבית אב’

« Yahvé dit à Abram : Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai. Cette mauvaise traduction cache un trésor, car la traduction la plus proche de l’hébreu est : Vas pour toi, de ta terre, de ton enfantement, de la maison de ton père, vers la terre que je te ferais voir ». (Vas vers toi est aussi acceptable) [12]

ל lekh va, ל lekha ; pour (vers) toi

Essayons de voir l’idée derrière ces symboles de lieux et de personnage : Ton pays c’est ton état de profane, tes idées reçues de la culture du lieu où tu es né, les préceptes de tes parents ; la terre que je te ferais voir c’est la Lumière, un nouvel état spirituel. Vas pour toi : fais le pour toi, connais-toi toi-même, abandonne le vieil homme pour devenir ce que tu es. On est en pleine initiation maçonnique ! Et au passage, notons qu’une fois Abram a reçu la Lumière, il change de nom pour devenir Abraham, par l’insertion du « hé », souffle de nouvelle vie, dans son nouveau nom. En projetant et en actualisant les textes anciens au monde du XXI° siècle, le Franc-Maçon trouvera des réponses à toutes les questions qui tourmentent le siècle : conflits armés ou non, conflits interpersonnels, racismes, angoisses (les thérapeutes de l’âme existaient déjà dans les temps anciens), volonté de domination, totalitarismes, impérialismes. Avant de conclure et si d’aventure certains voulaient à nouveau ouvrir le Livre, je leur offre :

Quelques clés en vrac

Nombreux sont les arrangements numériques dans certains textes bibliques. Exemple pour la Genèse de l’Ancien Testament et le prologue de l’Évangile selon Saint-Jean : Le premier verset de la Genèse compte 7 mots (28 lettres) dont le total en guématrie classique donne 2701. Le prologue, écrit en grec compte 13 mots. Ces mots retraduits en hébreu donnent également 2701 en guématrie classique ! Encore plus fort que le Da Vinci code ! •

Un récit biblique est le résultat d’une subtile et savante construction. • Pour décoder, il faut bien savoir sur quel registre on se trouve et distinguer le sacré, le divin, le religieux et le spirituel • La Bible décrit le destin individuel et collectif de l’humanité, et pas seulement d’Israël. L’utilisation symbolique des nombres très développée dans les textes bibliques. Deux raisons à cela : d’une part, tout ce qui existe, dans le ciel et sur la terre, lois physiques ou lois religieuses, nombres ou figures…. proviennent d’un unique créateur. Les nombres sont le miroir de cette origine. D’autre part, les nombres sont abstraits et leur utilisation ne viole en rien l’interdiction de se faire des représentations de ce qui est là-haut dans le ciel ou ici-bas sur la terre. Ce sont des symboles, non des images. Des supports de compréhension, non des représentations à adorer. D’où, l’utilisation d’un symbolisme numérique dans la mise en forme de nombreux textes bibliques. De sorte que beaucoup de textes peuvent être lus « simplement », selon une construction narrative, législative ou poétique « ordinaires ». Mais une autre lecture, symbolique, est possible, ce qui demande une longue initiation…• Les évangiles sont des textes de foi et non pas des récits historiques. Toutefois, Il arrive que des découvertes archéologiques ou quelques rares mentions d’auteurs antiques viennent étayer des récits, sans toutefois apporter de preuves formelles, dont au demeurant le croyant n’a pas besoin. • La parabole ambiguë est le fruit d’une pensée claire. La mise en parabole, ne peut être que le fait d’un sage qui sait exactement ce qu’il veut enseigner.

Conclusion :

Ne lisez pas la Bible, étudiez là ! Eh oui ! Il faut faire un effort pour rechercher l’éclairage qui concerne la vie d’aujourd’hui. A l’initié de transformer l’enseignement ancien en « vérité » intelligible aujourd’hui. A l’initié de s’emparer du texte pour s’accomplir. Cela va dans le droit fil de sa démarche initiatique.

Par Tamino, septembre 2005.

Les livres pour le bibliste amateur (et avancé) :

La Bible, texte de la Torah en hébreu et français sur la même page, de Zadoc-Kahn, Ed. Colbo.

La Bible, Pléiade, Très bons commentaires adogmatiques du texte.

La Bible, de Chouraqui. Très proche du texte hébreu.

Dictionnaire d’hébreu et d’araméen biblique, Phillipe Reymond, CERF, SBF.

Au commencement, Traduction de la Genèse, Henri Meschonnic, Desclée de Brouwer

La Bible, 2000 ans de lectures, JC Eslin, Desclée de Brouwer

Nouveau vocabulaire biblique, JP Prévost, Bayard.

Le Zohar, Mopsik.

Un coup de Bible dans la philosophie, Henri Meschonnic, Bayard.

La Thora, la législation de Dieu, Raphaël Draï, Michalon.

Pour ceux qui veulent être aussi bon que Maïmonide ou Chouraqui :

Tiqune haZohar, commentaire exceptionnel de Bereshit, disponible uniquement en version originale.

Bible d‘étude électronique de Stuttgart, Société biblique allemande – ref=8313 300€.

L’outil fondamental pour tout travail approfondi sur l’essence de la Bible hébraïque reste le [Tiqun Sofrim], présentant sur deux colonnes le texte tel qu’il se présente dans le Sefer Torah et la version massorétique. L’édition [‘îsh matslia’h] est la plus classique.

Éditions bilingues du Commentaire de Rashi, chez Colbo.

Chez Verdier le premier tome du Midrash Rabba, sections Bereshit à Vayera, ainsi que les Chapitres (Pirqé) de Rabbi Eliézer, tous deux indispensables. En traduction anglaise, de nombreux midrashim existent mais sont difficilement trouvables en France.

Notes :

1 72 savants regroupés dans l’île de Pharos auraient traduits la Bible de l’hébreu en grec en 72 jours, sous l’initiative de Ptolémée II, successeur d’Alexandre le Grand, pour figurer dans la bibliothèque d’Alexandrie. Ces sages travaillèrent séparément, puis confrontèrent leurs versions qui se sont révélées identiques !

2 Docteur juif d’Alexandrie.

3 F. LENOIR, Les métamorphoses de Dieu.

4 Acronyme n. masc. Abréviation formée de la première ou des premières lettres des termes d’une expression complexe et constituant elle-même un mot nouveau. Ex. : Unesco, pour United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization.

5 M.A. Ouaknin

6 Acrostiche n. masc. (préf. acro- et gr. stikhos «vers»). Texte dont les initiales de chaque mot composent un nom propre, parfois même une phrase.

7 Anagogie n. fém.

8 Philologie n. fém. (gr. philologia «amour des lettres; intérêt pour le langage»). Étude des langues anciennes sur la base de documents écrits. La philologie vise essentiellement à restituer un texte en comparant des variantes, en classant les fautes, en analysant l’écriture afin de dégager des critères d’authenticité. Elle fait appel aux connaissances linguistiques comme moyen et non comme fin. C’est en cela que la philologie se distingue de la grammaire et de la linguistique, même si, autrefois, le terme de philologie a été utilisé avec un sens très voisin de celui qui est aujourd’hui affecté à linguistique.

9 La Bible, traduction Zadoc-Kahn dit d’ailleurs « et ils connurent qu’ils étaient nus ». וידעו (édou) savoir, sentir, apprendre

10 André MYRE : Le nouveau vocabulaire biblique.

11 Les Massores, (de l’hébreu « massora »: tradition) sont une assemblée de sages qui ont fixé la traduction des textes anciens en inventant les points voyelles. La Bible hébraïque en usage aujourd’hui est la reproduction d’un texte massorétique écrit en 1088 apr. J.-C. Le manuscrit, sous forme de rouleau ou de livre, se trouve dans la collection de la bibliothèque publique de Saint-Pétersbourg. Un autre manuscrit massorétique, le manuscrit d’Alep, de la première moitié du Xe siècle apr. J.-C., sert de base à une nouvelle édition du texte en cours à l’université hébraïque d’Israël. Le manuscrit d’Alep est le manuscrit le plus ancien de toute la Bible hébraïque, mais date de plus d’un millénaire après la rédaction des livres bibliques les plus tardifs et peut-être de deux millénaires après la rédaction des premiers.

12 Seconde traduction de Chouraqui, 1985. Traduction aussi du grand commentateur juif du 11ème siècle, mais découvert seulement récemment.

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