Pessa’h (פֶּסַח)… Peskha en grec… Pascua en latin médiéval… Pâque… Le mot « pessa’h » renferme une notion de saut mystique. Passage, un passage de l’autre côté. Incapable de parler avantageusement de cette fête primordiale, je me contenterai de rapporter quelques idées pour ceux qui se questionnent sur la signification exacte de la Pâques juive. Nous compléterons par un texte lumineux du professeur Roland Goetschel.

La Pâque commence le 14 nissan et dure huit jours. Elle inaugure en outre la période de l’Omer au terme de laquelle est célébrée la fête de Chavouot.

Dans les célébrations de Pâques, saut, passage et libération sont synonymes.

« Mais se sauver de quoi ? De l’illusion, donc de la mort. Car l’illusion des apparences mortelles renvoie à l’apparence illusoire de la mort. La mort n’existe pas puisque la vie est immortelle.

Mais la plupart des animaux humains existent sans vivre. Ils ne sont que mortels c’est-à-dire vagues éphémères à la surface de l’océan du réel. Ils ne connaîtront rien de l’océan et ne se justifient que dans l’écume de leurs propres vagues.

Se libérer, c’est plonger : se sauver dans l’apnée définitive loin des illusoires postures qui « donnent l’air ». C’est quitter les « pots de viandes et d’oignons » pour aller affronter le désert.

Passer de la Terre de Mitzraïm et de l’esclavage, au Feu du Sinaï et de la révélation.

De la Terre de l’esclavage au Feu de la révélation, en traversant l’Eau de la mer de joncs que l’Air du vent (Ex.: 14,21) fend en deux. » (« Méditation sur Pessa’h », Marc Halévy – van Keymeulen)

Le mot hébreu Pessa’h (פסח) se compose de trois lettres: Pé (פ), Samekh (ס) et ‘Het (ח). Les kabbalistes lisent ce mot en l’éclatant afin de révéler ainsi un sens plus profond : Pé et Sakh, qui signifient « la bouche parle ».

Le passage de l’Eternel…

« Car l’Eternel passera pour frapper l’Egypte, et il verra le sang sur le linteau, et sur les deux poteaux, et l’Eternel passera par-dessus la porte, et ne permettra point que le destructeur entre dans vos maisons pour frapper » (Exode 12, 23 – traduction bible Martin).

Le Zohar, au travers du rabbi Yosé, nous demande si Dieu passait sans s’arrêter devant les maisons, en voyant le sang, avait-il besoin d’un signe visible, Lui qui a connaissance de tout ? Pourquoi donc Dieu dût il demander aux Israélites un signe visible ? L’Ohr Hachaïm, section Shemot 3-7,  nous enseigne que les Israélites étaient alors tombés dans les 49 portes de l’impureté spirituelle, et donc n’étaient, à cette époque, pas différents des égyptiens. Dieu leur donna donc deux commandements : le sang de l’agneau pascal et le sang de la circoncision.

La Haggadah de Pâques nous dit : « une personne est obligée de se voir comme s’il venait de quitter l’Égypte » (Pessachim 116b) et le Rambam, quant à lui, dit : « une personne est obligée de montrer qu’il vient de quitter l’Egypte » (Yad Chametz u’Matzah 7:6). Ainsi, il n’y a pas d’avis définitif quant au besoin que le sang soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la maison. L’important est le sang pascal comme signe du respect du commandement.

Spartakus FreeMann, avril 2011 e.v.

Quinze degrés d’après le Maharal de Prague.

Kamah ma’aloth tovoth… par le Professeur Roland GOETSCHEL

Après qu’on ait décrit le récit des plaies que le Saint béni-soit-Il a amené sur l’Égypte jusqu’à ce qu’Israël  sorte, le Ba’al Haggadah revient sur toute les bontés que D. a manifesté pour Israël. On les appelé « ma’aloth tovoth » parce que chacun de ces bienfaits, est un bienfait de plus et est plus élevé que le précédent. Ces degrés mènent de plus en plus haut jusqu’au degré final et ultime qui est  la construction du Temple pour expier nos péchés. En tout, il y a quinze degrés. Ce nombre n’est évidemment pas un hasard. Il correspond au nombre de marches qui séparait dans le Temple le parvis des femmes et le parvis d’Israël ; elles correspondent eux-mêmes aux quinze cantiques des degrés du livre des Psaumes ainsi qu’aux quinze jours où la lune s’élève jusqu’à qu’elle soit entièrement pleine. Cela convient aussi avec le nom YaH qui vaut quinze en gematria. Car c’est par ce nom, que D. créa les deux mondes, ce monde-ci et le monde à venir ainsi qu’il est écrit : « Car en YaH, formateur des mondes » (Isaïe 26:4). Et du moment que par ce nom saint, D. a créé les deux mondes, on comprend que les degrés vont jusqu’à quinze mais pas au-delà.

Et ces quinze degrés se divisent en trois parties :

– Les premiers cinq degrés traitent de ce qui s’est passé pour Israël  lors de la sortie, c’est-à-dire de la sortie de l’humiliation car ils étaient les esclaves de l’Égypte.

– Les cinq degrés intermédiaires représentent les degrés par lesquels Israël s’est élevé au-dessus de ce monde-ci, en tant que des miracles ont été fait pour eux.

– Les cinq derniers degrés sont le but final, le lien et l’adhésion à Dieu béni soit-Il.

C’est pourquoi, dans les cinq premiers degrés, il est question de la sortie d’Égypte, des jugements qui ont été exercé, de ce qui a été fait contre leurs dieux, de la mort des premiers-nés, de l’argent emporté. Tout cela recouvre la sortie proprement dite.

Les cinq degrés intermédiaires concernent ce qui est arrivé à Israël après la sortie : leur début est la déchirure de la Mer des Joncs, puis la satisfaction de nos besoins dans le désert, la consommation de la manne et tous les miracles sans le moindre doute qui sont le degré d’Israël.

Cependant que les cinq derniers nous parlent tous des préceptes divins de manière à nous faire adhérer pleinement à Dieu béni soit-Il. En effet le don du Shabath est un précepte divin, de même l’ordre de nous rapprocher du Sinaï, ainsi que le don de la Torah, l’entrée au saint pays d’Israël, et la construction du Temple. Tous les cinq degrés nous parlent de préceptes par lesquels nous adhérons pleinement à Lui.

Avant la sortie d’Égypte, il n’y avait pas d’existence du tout pour la collectivité. Nous étions comme un embryon englouti dans le sein de sa mère. Ainsi, nous étions engloutis chez les  Égyptiens, en étant sous leur coupe, et lorsque nous sommes sortis d’Égypte, c’est comme si nous avions acquis l’existence. C’est pourquoi, on l’a  formulé « de l’obscurité à la lumière ». Et après qu’ils existèrent, ils s’élevèrent au-dessus de tous les êtres inférieurs.

Le commencement de cette phase fut la déchirure de la Mer des Joncs. Car quand la mer fut asséchée devant eux, cela enseigne qu’ils dominaient les réalités naturelles, parce qu’ils s’étaient élevés au-dessus du monde de la nature. Cela enseigne aussi qu’il y a pour les Israélites un degré séparé et saint devant lesquels l’existence ordinaire est repoussée. Ensuite, il y a cinq degrés d’adhésion à Dieu, ce qui est un palier supplémentaire. Et l’on a déjà dit précédemment que toute réalité qui est au début du rapprochement et au milieu du rapprochement et à la fin, chacune est pour soi  car nulle chose n’est au début comme elle est au milieu, et la réalité n’est pas au milieu comme elle est à la fin.

C’est pourquoi pour ces quinze degrés, le commencement de l’ascension est de l’ordre de l’infériorité, puis il y a le milieu de l’ascension, et la fin est une ascension supplémentaire.

Les cinq premières étapes sont toutes le début de l’ascension, car elles sont relatives à la sortie d’Egypte, la sortie proprement dite, les jugements qui ont été exercé, la mort des premiers-nés, l’argent emporté. Alors fut achevé la sortie car ils sortirent de l’appartenance à l’Égypte et pas davantage.

Par contre, dans les cinq étapes suivantes, qui eurent lieu après la sortie, se produisit l’ascension des Israélites au-dessus du monde. Les cinq dernières étapes correspondent à une adhésion complète à Dieu.

Le début des cinq dernières étapes  est le Shabath qui sans aucun doute est un symbole de l’alliance entre Dieu et les Israélites, qui est le commencement du lien et de l’adhésion à Dieu. Et le Temple est l’étape ultime qui indique que la Shekhinah est parmi eux, c’est le lien plénier.

Dans les cinq premiers degrés eux-même, on trouve une progression : le premier  indique la sortie, le second porte sur les jugements. La sortie accompagnée de jugements représente un degré plus élevé que la sortie sans jugements et c’est un degré de plus dans l’humiliation de l’Égypte ; un stade de plus, ensuite, par la mort de leurs premiers-nés et finalement par la fortune acquise.

Il en va de même pour les cinq étapes intermédiaires par lesquels, ils s’élevèrent  au dessus de la nature. En effet, le passage de la Mer des Joncs était pour les Israélites davantage que toutes les plaies qui se sont déroulées en Égypte car la mer qui était une et compacte fut détruite et asséchée. Les miracles en Égypte concernaient des aspects particuliers de la réalité mais la mer qui est l’élément eau n’est pas une réalité particulière. En Égypte, il est dit qu’Il agi avec son « doigt » seulement, ce qui signifie sur des choses particulières tandis qu’à la mer, Il a frappé avec sa « main » c’est à dire au niveau du général et non du particulier. Qu’ils aient traversé la mer à sec est une étape par elle-même parce qu’il aurait pu rester un peu d’eau et ils n’auraient pas traversé à sec. Ensuite, Il a noyé nos persécuteurs au milieu de la mer, c’est un plus grand miracle encore, puisque en même temps qu’Il sauvait Israël, il anéantissait leurs ennemis. Voilà qui est surnaturel, puisque il a produit  les deux contraires en même temps .Et ensuite, on s’est encore élevé d’un degré quand ils ont été nourris dans le désert pendant quarante ans. Il va contre la nature des choses, que Dieu ait subvenu à leurs besoins quarante ans durant. Ils ont compris par là, que leur  direction n’était pas de l’ordre de la nature. Après, Il les a nourri par la manne, qui est une nourriture qui n’est pas naturelle, qui n’a rien de matériel.

Les cinq dernières étapes sont des degrés de sainteté par lesquels ils adhèrent à Dieu. La première des cinq, le don du Shabbat est le précepte par lequel s’établit l’alliance entre le Saint béni soit-Il et Israël ; suit l’approche du Sinaï  qui est un adhésion plus forte par laquelle,  ils ont été débarrassé de la souillure du serpent qui a contaminé Ève (A.Z. 22b) Puis, l’entrée au pays d’Israël qui est la part de Dieu comme les Stages ont enseigné : « Tout un chacun qui vit en dehors du pays (d’Israël), c’est comme s’il n’avait pas de Dieu » (Ketûbot 110b), c’est un degré de plus dans l’adhésion Après quoi vient le suprême degré : Il leur a construit le Temple dans lequel Il réside avec eux dans la plénitude.

Pessa’h, la traversée, Spartakus FreeMann