Par Spartakus FreeMann

Bismi ’llahi ’l-Rahmani l’Rahimi !

« Dis : Lui Dieu est Un, Dieu l’Impénétrable, Il n’engendre pas, Il n’est pas engendré, nul n’est égal à Lui » (Coran, sourate 112)

« Shèmâ Israël Adonaï Elohéhinou, Adonaï echad »

Sabbataï Zevi et l’influence soufie
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Shat’hiyat – Les Mots d’Extase

Shat’hiyat (ou shatahat — « échappées », en arabe) – sont des exclamations extatiques que les soufis font lors de leur « fana » (« annihilation » en arabe), l’annihilation de l’être qui passe par une union avec la déité. La plupart du temps, ces exclamations semblaient hérétiques aux auditeurs. Par ex. Al Hallaj et son « Je suis la Vérité » signifiant « Je suis Dieu ».

Sabbatai Zevi, comme les mystiques soufis, avait l’habitude d’utiliser des mots d’extase. Un des plus connus est « Il n’a a d’autre Dieu que Moi » qui fait écho aux mots d’Al Hallaj. Les émissions du Nom Ineffable de Dieu doivent aussi être comprises sous cet angle, c’est-à-dire en tant qu’expression d’un état de « fana », d’une union mystique avec Dieu.

« Il n’y a d’autre Dieu que moi » doit être analysé donc en parallèle avec les mots d’Al Hallaj, mais aussi de Farid ad Din « Il n’y a d’autre Dieu que moi, par conséquent servez-Moi, moi qui suis grand » (Tathkirat al-awliya) et d’Isaïe 44 : 6 : « Ainsi le Seigneur, Roi d’Israël, et Son rédempteur le Seigneur des Armées, dit : je suis le premier et je suis le dernier ; à côté de moi il n’y a aucun Dieu ».

Ainsi, les expressions de Sabbataï Zevi, ses utilisations du Nom Ineffable de Dieu, en font un mystique soufi utilisant des états de « fana » et en ce sens, on peut sans doute le ranger comme un mystique et non comme un simple hérétique.

Dhikr et Sama

Dhikr (souvenir) est un souvenir méditatif dans lequel certains passages du Coran sont invoqués spirituellement, à vive voix ou silencieusement. Le Dikr est célébré le vendredi, les jours de fête et les jours de congés, on y répète les Noms de Dieu sous différentes formes, des poèmes, des sourates du Coran, etc. avec de la musque ou des danses afin d’atteindre la communion avec Dieu ainsi que l’extase religieuse.

Une phrase type du Dikr est par exemple : « Dis : Lui Dieu est Un, Dieu l’impénétrable, Il n’engendre pas, Il n’est pas engendré, nul n’est égal à Lui » (Sourate 112), un autre « mantra » est la répétition de « la ilaha illa Llah », « il n’y a d’autre dieu que Dieu ».

Le Sama est une cérémonie collective durant laquelle prend place le Dikr, cérémonie accompagnée de danses et de musique. Le lien entre la musique et l’extase mystique est aussi vieux que le monde, et on le retrouve dans de nombreuses traditions. Sabbataï Zevi avait également l’habitude de proclamer le Nom Ineffable de Dieu lors de cérémonies musicales, accompagnées de chants et de danses. Il n’est pas certain que Sabbataï participa à des cérémonies de Dikr avant sa conversion à l’Islam, mais il avait l’habitude de participer au rituel de Dikr de l’ordre des Bektashi après sa conversion. On ne peut comprendre Sabbataï Zevi si l’on omet sa participation à de tels rites.

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Kader et Sabbataï Zevi

Dans le Sabbatéisme, Kader est l’équivalent d’Élie et c’est de cette façon qu’ils furent conceptualisés dans la pensée de AMIRAH (Sabbataï). Kader est le compagnon mystérieux de Moise dans le Coran et Élie est le compagnon et guide spirituel de Sabbataï.

Élie/Kader fut le mentor mystique de AMIRAH et c’est lui qui le sanctifia, lors d’un rite mystique, afin qu’il soit le Messie. Une partie de ce rite fut le don du Livre du Zohar, ce qui nous rappelle l’initiation soufie lors de laquelle l’initié reçoit son vêtement.

Kader est un initiateur dans la tradition soufie et les mystiques soufis le rencontrent lors de leur voyage et il les inspire et répond à leurs questions, il les préserve des dangers. Ceux qui sont connectés avec Kader sont censés être également connectés à la source de l’inspiration mystique.

Kader est fortement vénéré par l’ordre turc des Bektashi et Sabbataï avait l’habitude de participer à des rites de cet ordre à Andropole. Kadir signifie « vert » en arabe et on le conceptualise comme étant connecté avec le printemps et le retour de la végétation, de la fertilité et de la joie. Dans le calendrier Sabbatéen, le 21 du mois de Sivan on célèbre la révélation d’Élie, le jour où Élie a sanctifié AMIRAH en tant que Messie. En ce sens, Sabbataï Zevi est le printemps de la nation juive, il est la source de la renaissance tout comme Kader est l’éveil de la nature endormie. Il est « l’Homme Vert » messianique, ce pour quoi il entra à Jérusalem vêtu de vert. Le vert est donc le mystère de Sabbataï, de Kader, de l’Homme Vert, d’Élie et de sa sanctification. L’Homme Vert est le sauveur, il marque la transition mystique de la nation juive, passant de l’hiver au printemps.

La Solitude comme pratique de méditation dans le Soufisme et le Sabbatéisme.

Khalwa (arabe) ou Hitbodedut (hébreu) – solitude – est une retraite spirituelle en un endroit spécifique durant laquelle on applique des techniques de méditation.

La retraite spirituelle prend différentes formes : ainsi dans le judaïsme, il y a les retraites dans le désert de Moïse ou d’Élie, dans l’Islam la retraite de Muhammad dans la caverne d’Hira. Selon certains chercheurs, la pratique de la retraite dans le soufisme prendrait naissance dans la tradition monastique chrétienne.

Parmi les kabbalistes, et en particulier les kabbalistes de Safed, la retraite était très courante. AMIRAH utilisa les deux formes de retraites, l’intérieure et l’extérieure. Il commença cette pratique à Smyrne dans sa jeunesse durant laquelle il se retirait dans des caves ou dans les montagnes.

À Jérusalem, Sabbataï avait aussi l’habitude de pratiquer des retraites spirituelles et cette retraite reflète celle des pratiques soufies ou des moines chrétiens. AMIRAH fut sans doute influencé en cela par le côté multiculturel de Smyrne et de Jérusalem qui lui permirent d’entrer en contact à la fois avec des soufis et avec des moines chrétiens.

Dans le Soufisme, nous avons une description détaillée de la retraite intérieure, donnée par Al Gazali en son « ’Ihya’ `Ulum ad-Din » (La Renaissance de la Science de la Religion), qui décrit une pratique de méditation afin d’atteindre l’illumination :

« Le chemin de l’illumination consiste initialement à se détacher de ce monde et de vider son cœur de telles choses (…) de telle manière à ce que l’esprit du pratiquant devienne indifférent à l’existence ou à la non-existence des choses. Il s’isolera ensuite en une Zawiyya afin de méditer (…) Il cherchera à fixer ses pensées sur rien d’autre que le mot Allah. Ensuite, après avoir pris sa retraite, il répétera continuellement le mot Allah, se concentrant à un tel degré qu’il cessera de prononcer le mot qui se mettra à couler de lui-même de sa langue (…) Ensuite, la forme du mot, ses lettres et son écriture seront absorbées en son esprit, seule la signification subsistante (…) Si sa volonté et son intention sont pures et qu’il continue à les préserver telles, sans être distrait par des désirs physiques et des pensées matérielles, la lumière divine illuminera alors son cœur. »

Nous n’avons aucun indice sur les techniques qu’utilisait Sabbataï Zevi lors de ses retraites intérieures, mais nous pouvons utiliser la description faite par al Gazali pour avoir une idée de leur forme. On peut penser que Sabbataï substituait seulement le Nom Ineffable de Dieu à l’Allah de Gazali, selon un témoin oculaire, Israël Hazan qui pu le voir lors d’une de ses retraites spirituelles où Sabbataï essayait d’unifier tous les mondes, les plus bas aux plus élevés en une unité panthéiste.

Sabbataï Zevi et l’influence soufie, Spartakus FreeMann, 2008