Une Discussion concernant la Nature du Tzaddik

[NOTE : un “tzaddik” est l’équivalent dans le mysticisme juif du shaman, du gourou et des autres saints des autres traditions. Ce qui suit est la transcription d’une conversation privée à propos du tzaddik qui s’est déroulée entre Rav Yakob Leib et un de ses élèves]

Par Donmeh West

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Yakov_Leib: Il faut se souvenir que l’on peut remplir une mitzvah (obligations) plus en la brisant avec la kavannah (intention) correcte qu’en la remplissant mécaniquement.

Etudiant : Vrai.

Yakov_Leib: Aimer Dieu et la Torah suffisamment afin de prendre le risque terrible de violer l’un pour l’intérêt de l’Autre est ce que le tzaddik fait. La piété n’a rien à y voir.

Etudiant : Oui, et seul le tzaddik a le jugement pour cela.

Yakov_Leib: Et bien, tout le monde est potentiellement un tzaddik, et par conséquent, a le jugement pour « cela ». Si toutefois, ils ne le savant pas, on doit le leur faire savoir par l’éveil et par un tzaddik éveillé, mais ils ont le bon jugement néanmoins. Ce dont tu parles ici c’est la merde de la ligne de parti des juifs orthodoxes.

Etudiant : Vraiment ? Je devrais y faire attention alors.

Yakov_Leib: Sûr. Dieu a-t-il créé l’ordure ?

Etudiant : Bien sûr que non.

Yakov_Leib: Même Caïn et Abel, bien que fils du Na’hash, ont aussi la semence d’Adam en eux.

Etudiant : Oui.

Yakov_Leib: Personne n’est entièrement en dehors de la sainteté de Dieu. Quelques-uns sont en dehors un plus que d’autres, mais c’est juste une matière de conscience que de piété.

Etudiant : Et bien c’est sûr. Je comprends cela, oui.

Yakov_Leib: La première chose à réaliser- et je veux vraiment dire réaliser – est simplement combien idiots nous sommes – combien nous sommes sans pouvoir et ignorants. Ensuite nous pouvons nous mettre au travail afin de devenir un tzaddik, si ce n’est dans cette vie alors peut-être dans la suivante.

Etudiant : Mais alors par rapport à ce que vous avez l’habitude de dire, que le tzaddik fait ces choses pour les autres, et que les autres ne devraient pas les faire eux-mêmes, comme de manger le chelev, le gras interdit, etc.

Yakov_Leib: Sûr. Tout cela est vrai. Il le fait pour les gens qui ne sont pas prêts à le faire eux-mêmes. Mais, il se peut qu’ils doivent le faire eux-mêmes – mais pas avant qu’ils réalisent quels trous du cul ils peuvent être, ce qui comme je l’ai dit, peut prendre plusieurs vies.

Etudiant : Ahhhhhhhhhhhhhhhh! Ok! Ok! Je comprends maintenant. Ah haaaaaaaaaaa!

Yakov_Leib: Il n’y a rien de pire que quelqu’un qui n’est pas prêt pour cela et qui pense l’être.

Etudiant : Oui je suppose.

Yakov_Leib: Seulement lorsque l’ego est totalement détruit par Dieu, la personne peut-elle être prête à vraiment le connaître et à l’aimer – et être connu et aimé de Lui en retour. Autrement, il y a toujours le risqué que l’on se dise « Je suis Dieu ». Ce n’est que lorsque l’on a été écrasé comme Job, « Je ne te connaissais que par ouï-dire mais maintenant que je t’ai vu de mes propres yeux, je retire tout ce que j’ai dit et je me repens dans la poussières et les cendres ».

Etudiant : Et le tzaddik dit à la personne quand elle est prête ?

Yakov_Leib: Non, je ne pense pas que le tzaddik dise à la personne quand elle est prête – Dieu le fait. Tout ce que fait le tzaddik est de le mener jusqu’à un point et lui confirme si cela est bien le cas. C’est comme mon propre samadhi. J’ai travaillé avec Swamiji pendant des années, j’ai expérimenté le samadhi de moi-même, je le lui ai décrit par après, et j’ai reçu la confirmation de sa part que c’était bon. Il ne me l’a pas « donné ». Il m’a mené vers lui et ensuite il a validé ce que j’avais expérimenté comme étant authentique car il l’a reconnu selon sa propre expérience. Le tzaddik fait de même.

Etudiant : Ohhhhhh. Je comprends.

Yakov_Leib: Et même alors, il y a un element de Gueburah en cela. C’est pourquoi le tzaddik doit être familier avec Gueburah, que les autres confondent souvent avec de la colère.

Etudiant : Bien, êtes-vous sûr de cela ?

Yakov_Leib: Il y a toujours un élément de Gueburah, de jugement, impliqué. Le tzaddik apporte à l’étudiant le lieu, l’étudiant va en ce lieu (ou pas) et le tzaddik, en se basant sur sa propre expérience, juge ensuite si ce que l’étudiant rapporte est plausible ou non.

Etudiant : Ah, je comprends.

Yakov_Leib: Le tzaddik se demande à lui-même, “Est-ce ainsi que quelqu’un qui a eu la devekut pense et agit, en me basant sur ma propre expérience de cela et sur mon enseigneur ?” Ainsi, il y a toujours un élément de jugement, de Gueburah, impliqué. Mais dans le tzaddik est la Gueburah qui est connue par expérience plutôt que par ouï-dire. Le tzaddik sait combien les autres sont incomplets car il sait et accepte combien incomplet il est lui-même. Il peut si bien le reconnaître dans les autres car il le reconnaît et l’accepte en lui, et il n’hésite pas à la rendre visible et connu aux autres. Il ne se pense pas comme quelqu’un qui est monté à l’Echelon le plus élevé et que les autres doivent le suivre. Mais plutôt, il se voit lui-même comme se débattant dans la même merde que les Hassidim, mais avec plus de conscience et, heureusement, plus de courage de compréhension et de volonté à le dire. Et sa force est qu’il dit aux autres qui viennent le voir « Regardez-moi, je suis couvert de la même merde que vous qui doit être nettoyée ». Et il le dit car il le sait. Tu devrais lire le merveilleux livre « Un Maître Tourmenté : Rabbi Nahman de Braslav » par Arthur Green. Tout y est.

Etudiant : Oh, je me rappelle que vous en aviez parlé auparavant.

Yakov_Leib: Nachman tait et est mon héro spirituel et modèle, plus que Sabbataï Zevi ou Jacob Franck – pas au sens où les Breslovers le voient, bien sûr, mais d’une manière différente. Il est venu et a élu sa résidence en moi et il m’a guidé sans cesse depuis, lui et la Shekhinah.

Etudiant : Wowwwwwwwwwww !

Yakov_Leib: C’était aux alentours de 1981, sous la direction de mon mentor, James Kirsch. Cela ne doit pas être une surprise pour toi. Ne te rappelles-tu pas que je l’ai rapporté dans le chapitre sur la « Kabbale et l’interprétation des Rêves » dans l’anthologie sur Jung, Des juifs modernes à la recherche de l’âme? Les rêves où Nachman et la Shekhinah sont entrés cérémonieusement dans la maison du rêveur afin d’y « élire résidence » ?

Etudiant : Oh oui, je me le rappelle très bien.

Yakov_Leib: Bien, ces rêves furent réellement les miens et non pas ceux d’un étudiant, comme je l’ai dit pour des raisons professionnelles. Mais je n’étais pas seul à interpréter leur signification, mais James, James et moi en fait. Et les jungiens qui ont édité le livre connaissaient ma personnalité, savaient qu’ils étaient dans mes rêves, et sentirent que ce que j’avais dit à leur propos était suffisamment valide que pour être publié. En fait, tu te rappelleras que le principal éditeur de l’anthologie, J. Marvin Spiegelman, a écrit au sujet de mes interprétations de rêves, « Yakov Leib HaKohain fait un essai assez inhabituel afin de combiner les aspects de la psychologie jungienne avec la Kabbale, bien plus que cela fut tenté auparavant. Yakov Leib HaKohain est le premier à notre connaissance qui combine explicitement les informations archétypales et les conceptions jungiennes en une relation entre les rêves, l’histoire personnelle et l’imagerie kabbalistique » (p. 84). Il écrivait, bien sûr, au sujet des rêves portant sur Rebbe Nachman que j’avais rapporté et analysé dans mon chapitre, et qui, à l’époque de la tradition freudienne, furent attribués à un élève plutôt qu’à moi-même, qui en étais le rêveur véritable.

Etudiant : Oui.

Yakov_Leib: Toujours, afin d’être légitime, il y a un besoin d’obtenir une confirmation extérieure de l’enseigneur. Nachman était un d’entre ces hommes qui n’en avaient pas besoin. Il était même plus grand que son arrière grand-père le Baal Shem Tov. Bien plus grand. Et ce qui est marrant c’est que je connais énormément sur l’âme de Nachman. Mais j’arrête ici. C’est juste quelque chose qui m’a pris et qui a besoin de parler de soi.

Etudiant : C’est fascinant lorsque quelque chose vous prend comme cela, très excitant. J’étais tellement hypnotisé que je n’ai même pas entendu le téléphone sonner et c’est à présent trop tard. Merci.

Une Discussion concernant la Nature du Tzaddik par Donmeh West.