L’arbre cabalistique, par Dion Fortune

Ce texte est extrait de l’ouvrage ‘La cabale mystique’ de Dion Fortune – Editions Adyar, 1994.

« Ce qui est en haut est en bas »

L’homme est un macrocosme en miniature. Tous les facteurs qui participent de l’univers manifesté sont en lui. Par conséquent, dans sa perfection, il est considéré comme supérieur aux anges. Cependant, à l’heure présente, les anges sont des êtres pleinement évolués ; l’homme ne l’est pas. Nous pourrions dire qu’il est inférieur à l’ange comme l’enfant de 3 ans peut-être inférieur au chien de 3 ans. Jusqu’ici nous avons considéré l’Arbre de Vie comme un résumé du Macrocosme, l’univers, et l’usage de ses symboles nous a servi à entrer en contact avec les différentes sphères de la Nature objective.

Nous allons maintenant le considérer par rapport à la sphère subjective de la nature de l’individu. Les correspondances généralement acceptées, ainsi qu’elles sont données par Crowley (qui, malheureusement, n’indique pas les sources de ses recherches, de telle sorte que nous ne saurons jamais s’il adopte le système de Mac Gregor Mathers ou s’il relate ses expériences personnelles) sont basées en partie sur l’attribution astrologique des planètes assignées aux différentes Séphiroth, et en partie sur un schéma rudimentaire de l’anatomie humaine placé devant l’Arbre de Vie. Ceci est trop simpliste pour nous et représente probablement le travail de plus récentes générations d’écrivains ; durant le Moyen Âge, la Cabale fut retrouvée par les philosophes européens, qui greffèrent sur son système le symbolisme astrologique et alchimique. De plus, les Rabbins eux-mêmes usent de métaphores anatomiques entièrement variées, discutant méticuleusement la signification de chaque cheveu de Dieu et même des parties les plus intimes de son Anatomie.

De telles références ne peuvent être prises littéralement et appliquées à la forme humaine. Les Séphiroth, individuellement comme relativement les uns aux autres, représentent par rapport au Macrocosme, les phases successives de l’évolution et , par rapport au Microcosme, les différents niveaux de conscience et les facteurs de caractère. Que ces niveaux de conscience aient quelque rapport avec les centres psychiques du corps physique, nous pouvons raisonnablement le supposer ; mais dans les conclusions que nous en tirons, nous ne devons pas nous arrêter aux croyances rudimentaires des médiévaux. L’anatomie et la physiologie occultes ont été étudiées en détail dans le Yoga des Hindous et nous pouvons apprendre beaucoup de leurs enseignements. Les dernières découvertes en physiologie tendent à conclure que le lien entre l’esprit et la matière doit être situé en premier lieu dans le système endocrinien , et en, second lieu seulement dans le cerveau et dans le système nerveux. Cette source d’enseignement nous est précieuse aussi, et en glanant de tous côtés et prenant un peu de chacun, nous devons arriver finalement, par raisonnement inductif, à ce que les anciens apprirent par les méthodes d’intuition et de déduction qu’ils pratiquaient avec un si haut degré de perfection dans leurs écoles de Mystères.

Il est généralement admis que les chakras, ou centres psychiques décrits dans la littérature du Yoga, ne sont pas situés à l’intérieur des organes avec lesquels ils sont associés, mais dans l’enveloppe aurique qui les entoure immédiatement. Nous ferons bien, aussi, de ne pas associer les différentes Séphiroth aux membres ou aux parties de notre anatomie, mais de regarder ces analogies comme des métaphores et de ne considérer que les principes psychiques qu’elles doivent représenter réellement. Avant de procéder à une étude détaillée de chaque Séphire, de ce point de vue, il est très utile d’avoir une idée générale de l’Arbre dans son ensemble, parce que l’élucidation du symbolisme dépend beaucoup de l’établissement des relations d’un symbole à un autre, dans la représentation de l’Arbre. Ce chapitre doit nécessairement être logique, sans rien conclure, mais il facilitera l’étude détaillée de chaque Séphire et permettra de la mener à bonne fin.

La première et simple division de l’Arbre consiste dans les trois Piliers, et cela nous rappelle immédiatement les trois voies de Prana décrites par les Yogis : Ida, Pingala et Sushumna ; et les deux principes : le Yin et le Yang, de la philosophie chinoise, avec le Tao ou Chemin, qui les équilibre. Il est admis que la vérité est établie par l’accord des témoins ; or, sans nous trouvons trois des grands systèmes de métaphysique en complet accord, nous devons en conclure que nous avons affaire à des principes établis et nous pouvons les accepter comme tels. Le Pilier Central doit, d’après moi, être considéré comme représentant la conscience, et les deux autres Piliers comme les facteurs positif et négatif de la manifestation.

Il est à remarquer que, dans le Yoga, la conscience est développée lorsque Kundalini s’élève dans la Voie centrale de Sushumna, et que l’opération magique occidentale, d’Élévation sur les Plans, a lieu dur le Pilier central de l’Arbre, ceci pour noter que le symbolisme employé pour déterminer le développement de la conscience ne prend pas les Séphiroth dans leur ordre numérique, en commençant par Malkuth, mais va de Malkuth à Yesod et de Yesod à Tiphéreth, par ce qu’on appelle le Chemin de la Flèche. Malkuth, la Sphère Terrestre est considérée par les occultistes comme la conscience cérébrale, comme il est prouvé par le fait qu’après projection astrale, le cérémonial de retour a lieu par Malkuth, et que la conscience normale se rétablit dans la dite sphère. Yesod, la sphère de Lévanah, la Lune, est interprétée comme conscience psychique ; aussi comme le centre de la reproduction.

Tiphéreth, qui correspond au plus haut psychisme, est associée au plus haut grade d’illumination de la personnalité. Ceci est mois en évidence par le fait que lui est assigné (dans le système de Crowley emprunté à Mathers) le grade le plus haut de l’Adeptat. Daath, la mystérieuse, l’invisible Séphire, qui n’est jamais marquée sur l’Arbre, est associée, dans le système occidental, avec la base du cou, le point où l’épine dorsale rencontre le crâne, celui où le développement du cerveau eut lieu chez nos premiers ancêtres. Daath est ordinairement considérée comme représentant la conscience d’une autre dimension ou celle d’un autre niveau ou plan ; elle évoque essentiellement l’idée d’un changement de clef.

Kéther est appelée la Couronne. Une couronne encadre une tête. Et Kether est généralement considérée comme représentant une forme de conscience qui n’est point réalisée pendant l’incarnation. Essentiellement, elle est en dehors du système des choses, en tant que les plans de la forme sont en jeu. L’expérience spirituelle associée à Kéther est l’Union avec Dieu, et ceux qui achèvent cette expérience entrent, nous dit-on, dans la Lumière, et ne reviennent pas.

Ces Séphiroth ont évidemment leurs rapports avec les chakras du Système hindou, mais ces correspondances sont indiquées différemment par des autorités différentes. La méthode de classement n’étant pas la même puisque l’Occident emploie un système quaternaire, l’Orient, un système septénaire, la corrélation ne s’obtient pas aisément. Je pense qu’il vaut mieux remonter aux premiers principes qu’établir un ordre factice qui ne respecte pas les correspondances. Les deux seuls écrivains, que je sache, ayant tenté d’établir cette corrélation sont Crowley et le général J.F.C. Fuller. Ce dernier assigne à Malkuth le Lotus dit Muladhara, dont les quatre pétales, dit-il, correspondent aux quatre éléments. Il est intéressant de noter que, dans la Table des Couleurs établie par Crowley, la sphère de Malkuth est divisée en quatre parties, dont les couleurs respectives sont le citron, l’olive, le rouge et le noir, représentant les quatre éléments et offrant la plus grande ressemblance avec les représentations usuelles du Lotus à quatre Pétales. Ce Lotus est situé dans la région du périnée. Il est associé à l’anus et avec les fonctions excrétoires.

Dans la colonne XXI de la table de correspondances donnée par Crowley dans son « 777 », il attribue les organes générateurs et l’anus de l’Homme Parfait à Malkuth. Je considère qu’à tous points de vue l’attribution de Fuller, qui assimile le Lotus Muladhara à Malkuth est préférable à celle de Crowley, qui, dans la colonne CXVIII, l’assimile à Yesod, se contredisant de la sorte lui-même. L’esprit infantile, dit Freud, confond la fonction reproductrice et la fonction excrétoire, mais je ne pense pas que cette attribution mérite d’être acceptée ou propagée.

Malkuth, en tant que Lotus Muladhara, représente, nous pouvons le croire, le résultat final du processus vital, sa réalisation en formes et sa soumission aux influences désintégrantes de la mort, pour que la substance puisse être utilisée à nouveau. La forme, en laquelle il s’est intégré par le lent progrès de l’évolution, a joué son rôle, et la force doit redevenir libre ; c’est le sens spirituel des phénomènes d’excrétion, de putréfaction, de décomposition.

Le Svadisthana Chakra, le Lotus à six pétales, à la base des organes de génération, est assimilé par le général Fuller à Yesod. Ceci s’accorde avec la tradition occidentale, qui voit en Yesod les organes reproducteurs de l’Homme Divin. Sa correspondance astrologique avec la Lune, Diana-Hécate, confirme aussi cette attribution. Crowley, bien qu’attribuant Yesod au phallus (colonne XXI de « 777 ») assigne le Svadisthana Lotus à Hod, Mercure. Il est malaisé de comprendre cette attribution, et, comme il ne donne pas son autorité, je juge mieux de s’en tenir au principe qui distribue sur le Pilier Central les divers degrés de conscience. Tiphéreth, par consentement unanime, représente la poitrine et le plexus solaire ; il semble donc raisonnable de lui attribuer les Chakras Manipura et Anahata, comme le fait Crowley. Fuller assimile ces chakras à Géburah et à Chesed, mais ces deux Séphiroth trouvent leur équilibre en Tiphéreth. Cette attribution n’offre donc pas de difficulté et n’est cause d’aucun désaccord.

De la même manière, le Visuddhu Chakra, qui, dans le système hindou, correspond au larynx et que Crowley assimile à Binah, et à l’Ajna Chakra, à la base du nez, qui correspond à la glande pinéale, et, selon le même auteur, à Chokmah, peuvent être considérés comme unissant leurs fonctions en Daath, située à la base du crâne. Le Sahasrara Chakra, le Lotus aux mille pétales, situé au dessus de la tête, est assimilé par Crowley à Kéther, et l’on ne peut guère discuter cette attribution, car elle est annoncée par le nom même du Premier Sentier, Kéther, la Couronne, qui touche et dépasse la tête.

Les deux Piliers de gauche et de droite, la Sévérité, la Miséricorde, représentant, on le voit sans peine, les principes positif négatif, et leurs Séphiroth respectives les modes de fonctionnement de ces forces sur les différents niveaux. Le Pilier de la Sévérité contient Binah, Géburah et Hod, ou Saturne, Mars et Mercure, le Pilier de la Miséricorde contient Chokmah, Chésed et Netzach, ou le Zodiaque, Jupiter et Vénus. Chokmah et Binah, dans le symbolisme de la Cabale, sont représentés par des figures mâle et femelle ; ils sont le Père et la Mère d’en haut, ou bien, en langage plus philosophique, les principes positif et négatif de l’Univers, le Yin et le Yang, dont la virilité et la féminité ne sont que des aspects plus spéciaux. Chésed (Jupiter) et Géburah (Mars) sont représentés l’un et l’autre, dans le symbolisme cabalistique, par des figures couronnées : le Législateur sur son trône et le Roi Guerrier sur son char. Ce sont respectivement les principes constructeur et destructeur.

Il est intéressant de noter que Binah, la Mère supérieure, est aussi Saturne, force solidifiante, qui correspond à la Mort avec sa faux, et au Temps avec son sablier. Nous trouvons en Binah la racine de la forme. Il est dit de Malkuth, dans le Sépher Yetzirah, que cette Séphire est assise sur le trône de Binah : la matière naît dans Binah-Saturne-la Mort. La forme est destructrice de la force. Après ce destructeur passif vient l’actif destructeur, et nous trouvons Mars-Géburah immédiatement au-dessous de lui sur le Pilier de la Sévérité ; ainsi la force enfermée dans la forme est libérée par l’influence destructrice de Mars, l’aspect Siva de la Divinité. Chokmah, le Zodiaque, représente la force kinésique ; et Chésed, Jupiter, le roi bienveillant, représente la force organisée ; les deux sont synthétisés en Tiphéreth, le centre Christique, rédempteur et équilibrant. La Trinité suivante, Netzach, Hod et Yesod, représente le côté magique et astral des choses. Netzach (vénus) symbolise l’aspect le plus haut des forces élémentales, le Rayon Vert ; et Hod (Mercure) représente le côté mental de la magie. L’un est la mystique et l’autre est l’occulte, dont la synthèse a lieu en Yesod.

Cette paire de Séphiroth ne devrait jamais être envisagée séparément, pas plus que la paire supérieure de Géburah et Gédulah, qui est l’autre nom de Chésed. Ceci est indiqué par le fait que la Cabale leur attribue respectivement les bras droit et gauche, les jambes droite et gauche. On verra ainsi que les trois Séphiroth de la forme, sur le Pilier de la Sévérité, et les trois Séphiroths de la force, sur le Pilier de la Miséricorde, encadrent le Pilier de l’Équilibre, où s’étagent les divers degrés de conscience. Le Pilier de la Sévérité, avec Binah à son sommet, est le principe féminin, la Pingala des Hindous, le Yang des Chinois ; le Pilier de la Miséricorde, avec, à son sommet, Chokmah, est l’Ida des Hindous, le Yin des Chinois ; et le Pilier de l’Équilibre est, lui, Sushumna et Tao.

L’arbre cabalistique – La cabale mystique, Dion Fortune – Editions ADYAR

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