Par Blaise de Vigenère

Voici un extrait du TRAICTÉ DES CHIFFRES, SECRETES MANIERES D’ESCRIRE : PAR BLAISE DE VIGENERE, BOURBONNOIS. [H] [MARQUE] A PARIS, Chez ABEL L’ANGELIER, au premier pillier de la grand’Salle du Palais. M. D. LXXXVI. AVEC PRIVILEGE DU ROY.

La Kabbale dans le Traité des Chiffres - Blaise de Vigenère
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Ces passages se réfèrent plus particulièrement à la Kabbale et décrivent la vision chrétienne du XVIe siècle. A lire pour comprendre comment la Kabbale traditionnelle nous est parvenue au travers de la Kabbale chrétienne.

OR toutes ces digressions icy, et encore dés le sueil de l’huys, comme on dict, que pourront elles sembler par raison, sinon autant de saillies extravaguees hors de nostre propos principal ? Mais nous n’entendons pas de nous y enclorre et assujectir si estroictement, qu’il ne nous soit loisible de fois à autre de nous emanciper à faire quelque petits eschapatoires, sur ce qui se presentera de rare et de digne d’estre incidemment parcouru ; mesmement des occultes et secretes sciences, ensevelies pour le present ; attendu qu’elles tiennent le mesme lieu envers les vulgaires et triviales, que font les chiffres à l’endroit de la commune escriture ; les chiffres veux-je dire, non ceux qu’on practique és cours des Princes, destinez pour les secretariats et depesches ; ains d’autres bien plus spirituels et ingenieux, lesquels procedans d’une revolution circulaire, et multiplication carree et cubique, ensemble de tels autres artifices qui dependent principalement de l’Arithmetique et Geometrie formelles, comprises par les Hebrieux sous ce mot de Ghematrie, meritent d’estre non asserviz à de tels usages, ains employez

Tout plein de belles correspondances du nombre de Trois.

Et de vray ce sont les trois sciences mystiques, appropriees à la notice des trois mondes ; l’Intelligible, le Celeste, et l’Elementaire ; representez en premier lieu par ces trois lettres du mot אדם ; et pareillement les trois parties de l’homme dit le petit monde ; l’intellect, l’ame, et le corps, subject à alteration et corruption, comme aussi est la partie elementaire. Car il y a trois choses, dit le Zohar, qui se correspondent, et ont esté formees sur l’exemplaire de l’Archetype et premiere Idee ; le Tabernacle du SEIGNEUR, que luy dressa Moyse ; le Temple de Salomon ; et le Corps humain ; selon les trois manieres de nombres, qui s’y raportent ; assavoir le vocal ou operatif qui est extraict de la mesure, au monde Elementaire ; le formel extraict du vocal, au Celeste ; et le

Mystere du departement des biens de la terre en la loy Judaïque.

Si que le departement des fruicts et biens de la terre en l’ancienne loy, estoit estably et dressé de ce mesme ordre. Car des cent portions appartenans à tout le peuple, le dixme en estoit mis à part pour les gens d’Eglise : et de ce dixme, la decime extraicte pour la part de Dieu : de maniere que les Centenaires comme plus materiels et grossiers, estoient destinez pour les laicz et prophanes : les dixenaires, aux levites et prestres ; et l’unité ou decime de la decime, reservee à DIEU ; qui estant tout, n’est toutesfois qu’UN, ainsi qu’on peult veoir au Zohar ; Toutes choses sont UN pour le regard de Dieu, mais pour le nostre plusieurs ; comme les rameaux partans d’une tige ; infinis rayons, du Soleil ; et les facultez et puissances de l’ame. Platon tout de mesme apres Parmenide ; Non tant seulement toutes choses sont en Dieu, ains tout ce qui est, entant qu’il est en Dieu, et procede de luy, n’est qu’ UN. Hermes pareillement en sa table, qu’on appelle de l’Esmeraulde ; Sicut omnes res fuerunt meditatione vnius, sic omnes res natae fuerunt ab hac vna re adaptatione. Ce que Procle en ses problemes theologiques dilate de ceste maniere : Ainsi que toutes choses sont procedees d’ UN SEUL, en semblable se hastent elles d’une course continuelle, de retourner à cest UN là ; avec lequel tant plus est grande la concorde dont elles

Le dix est la fin de tous nombres.

Outre lequel, ce dit Aristote au 3. des problemes, section 15. nul n’a jamais trouvé point encore de nombre. Et les quatre lettres du grand nom יהוה, qui sont circulaires toutes, jointes ensemble faisans 26. par le mesme adjoustement de l’aleph ou d’UN, arrivent à 27. le cube du ternaire, tant magnifié de Platon dans son Timee, en la premiere production du monde. Lequel nombre de 26. est encore denoté mystiquement par ceste premier lettre de l’alphabet א, composee d’un ו qui vault six, et de deux י, chacun dix : au moien dequoy la plus grand’part des noms divins commencent par ledit Aleph ; comme אל, אהיה, que Platon appelle ôn ou on, ENS, qui ne differe du Iehouah, sinon qu’au lieu du Iod de cestui-cy, il y a un Aleph en l’autre ; c’est à dire au lieu de la fin, le commancement : denotant cela un fort אהיה qui designe le pere, fut celuy (en Exode 3.) que Dieu revela à Moyse pour retirer corporellement les Israëlites de la servitude d’Egypte ; là où nostre redempteur Iehouah ou Iahve, est la fin et accomplissement de la loy, pour delivrer ceux qui croiront en luy, de la captivité du diable, dont l’Ammomino le patron et genie tutulaire des Egyptiens, est un symbole ; Iuppiter Ammon car par tout ou vous trouverez en l’Escriture ce mot de מיצרים, qui veult dire Egypte, dont la propre signifiance est angustie et compression de douleur, cela denote tousjours quelque chose de sinistre et malencontreux. Il y a outre-plus, de ces mots divins, commençans par Aleph, celuy אדני Seigneur, que les Hebrieux ont tousjours prononcé au lieu du Iehouah ; et אלהים approprié au sainct Esprit. Enapres le carré de sept, qui sont 49. accreu d’UN ou Aleph fait cinquante, qui est le nombre du grand Jubilé de pleniere remission, indulgence, et misericorde : lequel procede encore du cinq multiplié par dix, et au rebours. Et de ces deux nombres, ou des deux lettres qui les denotent, assavoir le Iod, dix, et He cinq, est composé le tres-clement et benin nom de יה, dont nous parlerons cy apres. A la verité tout cecy n’est autre chose que pur chiffre, contenant tant par les nombres que par les lettres, de tresgrands et profonds secrets : dont en cest endroit s’en presente encore un autre à considerer ; assavoir que le simple et petit [H] ne vallant qu’un, le majuscule capital [H] vault אל et יה ; dont le premier importe quelque fois sa severité et rigueur en nos offenses, comme en Elohim ; et parfois sa benignité comme en Emanuel : lequel nom d’ Elohim est reitiré 32. fois en la creation avant que de venir à celuy de [H] ;

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Les noms de Dieu invoquez és trois loix.

et fut invoqué depuis Adam jusqu’à Abraham, denotant un esprit Ignee, et par consequant le sainct Esprit ; ce qui auroit peu mouvoir Heraclite de mettre le feu pour le commencement des choses : d’Abraham jusqu’a Moyse, celuy de שדי, qu’on traduit communement TOUT-PUISSANT, In vmbra Dei omnipotentis commorabitur ; pseaume 91. où il est fort espouventable aux demons ; mais il signifie plus proprement, Qui suffist à soy, sans avoir affaire de rien : Et de Moyse jusqu’à JESUS-CHRIT, l’ineffable quadrilettre יהוה, qui portoit tacitement son nom. Mais celuy de יה, denote tousjours la douceur et clemence : et pourtant non en vain, et sans grand mystere l’Eglise a institué, que de la septuagesime Quoniam secundum altitudinem caeli à terra, parle le pseaume 103. corroborauit misericordiam super timentes se. Mais il n’en fault pas abuser, ains le craindre, et aymer. אל, commence par un Aleph, qui designe le principe et l’unité, et celuy de יה par un Iod qui vault dix, et est la fin de tout, combien que ce soit la plus simple lettre de toutes ; lesquelles par consequant procedent de luy, comme les nombres de l’unité, et les lignes du poinct ; dont se forment puisapres les superfices, et de ces-cy les corps solides. Derechef le dix representé par le Iod, est un nombre circulaire, aussi bien que ceux des autres lettres du sacré tetragrammaton, assavoir cinq par ה, et six par ו ; car tout ainsi qu’en un cercle ou sphere, par tout où est le commencement est la fin, et au rebours ; en semblable le dix participe ceste double nature, la simplicité assavoir des nombres qui le precedent, et la composition des autres qui suivent apres jusqu’en infiny. Ce qui pourroit avoir induit quelques-uns à syllogiser, que tout ainsi qu’il y a un commencement és nombres, qui sont la mesure de toutes choses ; et pareillement és lignes ; là où ny de pluralité, ny de magnitude, il ne s’en peult assigner aucun bout ny terminaison, qu’on ne puisse aller plus-avant ; de mesme que le monde a eu un principe de l’unité et du poinct, mais de fin il n’en aura pas ; trop bien pourra-il souffrir quelque alteration, mais en mieux : Tout cela se conformant à ce que dit Algazel, que le poinct est aucune-fois la fin d’une partie de la ligne, et le commencement de l’autre partie : et aucunefois le commencement de toute la ligne sans estre pour cela

Or en ce nombre dessusdit de 999. il y a un autre mystere à considerer touchant les lettres de ceste forte intelligence Mettatron sar hapanim, le prince des faces mettatron, qu’on prend pour l’ame du monde, (denotee envers quelques Cabalistes par la ligne verte, comme ils l’appellent, qui environne tout l’univers ; dite des uns la derniere Midah מיכאל Michaël ne signifie proprement autre chose sinon, qui est celui lequel soit comme Dieu ? A propos de ce qui est au 113. pseaume ; Quis sicut dominus Deus noster qui in altis habitat ; et humilia respicit in caelo, et in terra ? Comme si cela vouloit inferer, que nul ; fors celuy qui porte le nom de Dieu, avec son pouvoir et sa force, dependant du tressacré-saint Quadrilettre יהוה Iehouah ; Quis sicut tu in fortibus Tetragramme ? en Exode 15. et à la verité il estoit bien raisonnable, que le peuple lequel Dieu avoit esleu entre tous les autres pour son Primogenite, (là mesme chap. 4. Filius meus primogenitus Israël.) fust commis en la garde et protection du prince des Anges : et consequemment, apres l’obstination et incredulité des Juifs envers le Messie, que ceste tutelle et sauvegarde passast aux fils aisnez de sa vraie Eglise, les Roys de France tres-chrestiens ; lesquels pourroient avoir pris de là occasion d’establir leur ordre soubs le nom et adveu de cest archange ; et iceluy choisi pour leur protecteur et patron : si que ce royaume a cest advantage sur tous les autres potentats de la terre ; et par especial autant plus encore de preeminence par dessus celuy des Israëlites, qu’a la foy Chrestienne par dessus la loy Judaïque ; Nonobstant

alteration ; accessible au reste à toutes sortes de personnes et d’animaux, et en assiduelle vicissitude de vie et de mort, à cause des continuels sacrifices qui s’y faisoient, denotoit le monde elementaire, composé d’eau, comme d’une

LA SECONDE partie de ce tabernacle resplandissante toute d’or, et illuminée par un chandelier à sept pointes, qui sont sans doute les sept planetes, signifioit le monde celeste, participant de la lumiere et des tenebres, qui correspondent au feu et à l’eau : au moien dequoy les Hebrieux appellent le ciel eschamaim, de esch, feu, et maiim, eau ; ayant corps de vray, mais incorruptible ; et un intellect qui le gouverne, toutes-fois annexé à luy, et non libre ne vagabond ; tout ainsi que l’ame raisonnable est au corps de l’homme ou du petit monde. Et à ce propos voicy ce que touche un Cabaliste Rabbi Joseph ben Carnitol en ses livres des Portes de Justice : Sachés, (dict-il) qu’il y a une substance admirable au corps de l’homme, appellée luz, laquelle est toute sa force et vertu, voire la racine, et le fondement d’iceluy : et quant il meurt, elle ne s’envolle pas, ny esvanoüist pour cela, ains quant bien elle seroit reduite en un tas dans le plus grand feu, ne se brusle ny consume point ; ny ne sçauroit estre nomplus brisee dans une meulle de moulin, ny concassée dans un mortier, mais est permanente à tout jamais ; recevant mesme de la volupté et delices en l’homme juste apres son decés, suivant ce qui est escrit en l’Ecclesiastique 26. Et ossa eorum impingabit ; et de la peine et cruciement d’autre part és reprouvés

Esprit metallique.

Agrippa livr. premier chapitre 14. apres les anciens philosophes, l’appelle l’Esprit du monde, et la Quint’essence ; le moien par lequel l’ame s’associe et unist au corps, avec toutes les proprietez specifiques introduittes és animaux ; car c’est le seminaire de leurs vertuz : Aumoien dequoy les Chimiques s’efforcent de l’extraire (dit-il) de l’or et argent, pour y transmuer les autres metaux imparfaits. Mais plus apertement au 4. chap. du 2. livre. Il y a une chose creée de Dieu, qui est le subject de toute merveille ; laquelle est en la terre, et au ciel ; animale en acte, vegetale, et minerale : trouvee par-tout ; cogneuë de fort peu de gens ; et de nul exprimee par son droict nom, ains voilee d’innumerables figures et enigmes : sans laquelle ny l’alchimie, ny la magie naturelle ne peuvent atteindre leur complette fin. Ce qu’il a transcrit mot pour mot des fragments d’Artephius, et de Kirannide. Geber, et les autres philosophes Chimiques appellent celà, le corps spirituel fixe : C’est à dire l’or, qui en sa nature est le plus permanent au feu de toutes les autres substances ; Cui rerum vni nihil igne deperit, dit Pline livre 33. chapitre 3. Et par artifice se fait volatil, à ce que sa teinture qui n’est que citrine, se puisse haulser en couleur vermeille par l’action du feu, alors qu’il y sera rendu passible : et puisapres qu’il est rougy, on le fixe comme auparavant. Tous imparfaict se corrompt et reduit en terre ; et l’autre en estant separee demeure, dont se vient à produire la plante selon son espece. Le mesme est-il de nostre corps ; comme le parcourt tres-cellemment le dessusdit 15. chap. aux Corinth. jusqu’à cest endroit ; Oportet hoc corruptibile induere incorruptionem, etc. Comme s’il vouloit dire, qu’apres que le corps materiel corruptible se sera despouillé de son vestement terrestre et impur, la parfaicte portion d’iceluy se demeslera de ses ordes immondices grossieres ; et s’en yra là haut unir à Dieu, se faisant une mesme chose avec luy ; suivant le dire de Zoroastre ; Il te fault monter à la vraye lumiere, et aux clairs rayons paternels, d’où ton ame t’a esté envoiee, revestuë de beaucoup

LA TROISIEME partie du Tabernacle estoit le Sancta sanctorum, representant le monde surceleste ou intelligible, tout de lumiere et de feu ; et le domicile des Anges, ou intelligences abstraictes et separees comme on les appelle ; ministres du grand Dieu vivant ; ce que denotoient les deux Cherubins d’or, qui alongeans leurs esles l’un devers l’autre, adombroient le propiciatoire : En l’homme, c’est l’Intellect, que les Hebrieux appellent Nessamah, et les Grecs nous. Ce monde icy meut le Celeste, et le Celeste l’Elementaire ; car par le moien des rayons du Soleil et de la Lune, ensemble des estoilles qui se dardent contre la terre comme les flesches à une butte, le ciel tenant lieu de masle agist envers sa femelle la terre ; pource que les corps ne peuvent ouvrer que par attouchement.

La façon de philosopher de Platon et d’Aristote.

Et selon l’unanime accord de tous les Platoniciens, dont la maniere de philosopher qui est principalement par les nombres, descend d’enhault du souverain Createur de toutes choses, encontre bas, tout ainsi que les Sephiroths, par le Ternaire, en premier lieu dedans les cieux, et de là aux quatre Elemens ; là ou au rebours celle d’Aristote qui se retient entierement à la nature des choses sensibles, monte du bas en contre-mont par la science des Elemens, et inferieurs principes des choses, jusqu’à la machine celeste et non plus, par le quaternaire

Les Elemens sont és trois mondes par divers respects.

de mesme sont-elles encore au monde corporel et visible, comme le veult Anaxogore, tant au Celeste qu’en l’Elementaire ; Neantmoins par diverses sortes ; car le feu d’icy bas est grossier et bruslant ; et l’eau y accable et esteint la chaleur naturelle, où reside la vie des animaux ; là où au ciel ceste chaleur n’est autre chose que le Soleil, qui vivifie tout en bas au lieu de l’exterminer : Et l’eau est la Lune, qui regente et meut les humiditez qui y sont, comme on peult voir és flux et reflux des marées ; és mouëlles et cervelles des animaux ; et semblables substances : Ceste humeur celeste au surplus estant celle qui repaist, norrist et abbreuve les autres d’embas, pour le maintenement de tous les composez elementaires ; laquelle correspond delà à ceste grand’mer ou piscine du monde intelligible, d’où par certains canaulx se derivent et coullent les Estres de tout ce qui est au dessoubs de soy, dans la grande concavité des cieux. Le feu finablement au monde intelligible, est l’intellect Seraphique, assavoir une charité tres-fervente, embrasee d’amour et dilection ; et l’eau les Cherubines influences, à qui se raporte le fleuve Chobar, au commencement du prophete Ezechiel ; et le pseaume 148.

L’homme un symbole de l’univers.

ET POUR le quatriesme monde est l’homme, Le chef-d’oeuvre du Createur ; participant de tous les trois avec lesquels il symbolise ; pour le regard assavoir du corps, au monde Elementaire, comme celuy de tous les autres animaux : de l’esprit, au monde Celeste : et de l’intellect representant en luy l’image de Dieu, à l’intelligible. Le mesme Rabbi encore, fils de Carnitol au livre cy dessus allegué, où il explique plus apertement tout cecy : Les edifices du monde inferieur demeurent fermes et immobiles ; mais les Spheres vont avant et tornoient sans cesse ; parquoy les choses basses sont dittes estre mortes, et les cieux avec tout ce qui y est, estre en vie. Que le fondement au reste de ces edifices est en hault, et le comble d’iceux en bas : Si que l’homme est comme planté au Jardin de delices, qui est la terre des vivants, par les racines de ses cheveux ; suivant ce qui est escrit au 7. des cantiques ; Comae capitis tui, sicut purpura regis iuncta canalibus ; assavoir ceux d’enhault : ce qui denote d’autre-part, le secret mystere des Anges qui sont en l’ordre inferieur, desirans de monter, et de voir la face du SEIGNEUR [H]. Et cela est representé par les Elemens ; dont les eaux de leur naturel sont attirees contre bas ; l’air flotte, va et vient de costé et d’autre en un roüement et circuit non reiglé ; et le feu de soy tend tousjours contre mont : le tout à la similitude des trois mondes, dont l’elementaire est en bas ; le celeste tornoye au milieu ; et l’intelligible אהיה Ehieh tient le plus hault lieu du monde intelligible ; אדני celuy du monde elementaire en bas : et le tetragrammaton יהוה, du celeste, au milieu des deux.

Comparaison du parler et de l’escriture.

Car encore que les faicts obtiennent la precedance devant les dicts, et les escrits ; n’y ayant personne qui ne deust plustost desirer d’estre Pompee ou Luculle, que Virgile, ne Tite-Live ; et Achille tel comme Homere l’a celebré, que le Poëte mesme ; neaumoins tous leurs beaux faicts d’armes, toutes leurs proüesses et chevaleries fussent bien tost demeurées esteintes et englouties de l’oubliance sans la parole, qui de main en main par une certaine Cabale en transmet successivement la memoire pour durer à perpetuité : mais plus encore sans l’escriture, qui faict assez mieux sans comparaison ce devoir que la parole : car ainsi que souloit dire autrefois un de noz anciens capitaines : Il n’y a si fort corps de cuirasse, fust-il mesme à toutes espreuves,

La loy Judaïque dictée de la bouche de Dieu, et escrite.

La loy mesme que receut Moyse au hault du mont de Sinaj de la bouche, et de la main propre du Createur, consistoit en parole et en escriture, comme nous avons des-ja dict dés l’entree de ce traicté ; laquelle selon qu’alleguent les Cabalistes a cest advantage sur la parole, que beaucoup de secrets de la divinité se representent par escrit, qui ne se sçauroient exprimer de bouche ; car il n’y un seul petit point ou accent au Thorah, (c’est le Pentateuque) qui n’importe quelque grand mystere : et fut escrite (ce dient-ils) expressément tout d’une suitte, sans aucune separation de mots ny de clauses, du commencement jusques à la fin, tant que le tout ne sembloit estre qu’une seule diction, si

elle pouvoit estre aussi longue, à ce que le vulgaire, nonobstant que chacun l’eust devant les yeux, et la sceussent par coeur, n’en peust entendre la secrete signifiance, de peur de mespris, ains seulement ceux du conseil, ausquels Moyse en communiquoit ce qui leur estoit necessaire pour l’exercice de leurs charges, et selon que leur portee en estoit capable ; en se reservant le surplus des sacre-secrets, ::

Cabale proprement reception verbale.

A quoy se conformerent du depuis les Pythagoriciens, et les Druydes, au tesmoignage de Cesar dans le 6. de ses Commentaires. Mais ces mysteres Cabalistiques procedoient de la loy escrite, et ne consistoient pas si absolument en une verbale tradition, que l’escriture n’en comprist la meilleure

part ; tant en la forme des caracteres, leurs points, accents, ordre, suitte, collocation, et assiette ; qu’en la transmutation, commutation, et accouplemens de lettres, ce que les Hebrieux appellent Ethbas, Tmurah, et Ziruph ; le Notariacon aussi, les equivalences de nombres, et la Ghematrie ; ensemble tels

autres artifices et observations, dont entre tous a escrit plantureusement un Juif Espagnol appellé Rabbi Joseph Cicatilia de la ville de Salamanque, trois gros livres intitulez [H] ghinat egoz, le jardin du noyer ; le premier traictant des dictions, le second des lettres, et le troisiesme des points et accents ; à l’imitation dequoy sont bastis la plus part de noz chiffremens : Mais ceux des Hebrieux sont tous remplis אדני ; et l’autre assavoir la prolation (daberah) comme quand on trouve en l’escriture [H] medhaber, il a parlé, (Dieu faut entendre) signifie la loy escrite, denotee par le sacre-sainct tetragrammaton יהוה : Au demeurant, que la loy escrite comme plus spirituelle et mysterieuse, est expliquée par la loy donnee de bouche, qui est le temple et tabernacle de la loy escrite, tout ainsi que ADONAI l’est de l’ineffable Quadrilettre : et comme il n’y aye point d’autre accez pour arriver à ce sacré nom que souz la conduite et addresse de celuy d’ ADONAI, lequel puise toutes

Chiffres non seulement d’escriture, mais de paroles, et de gestes. AU SURPLUS SURPSUS il y a des chiffres de certains langages forgez à plaisir, aussi bien que de l’escriture, ainsi que le jargon des Gueuz et Bohemiens, et autres semblables ; dont j’ay veu autrefois un gros dictionaire imprimé à Venize, si ample et complect, qu’il n’y a rien quelconque qui ne s’y peust dire et escrire, bien plus distinctement qu’en Genevois, Breton bretonnant, ou en Basque ; ny paraventure qu’en Escossois. Il y a outreplus des chiffres qui qui qui sont comme moiens entre la parole et l’escriture, d’autant, qu’ils sont muets comme elle : et quant et quant ny plus ny moins que la parole attachez et joincts avec la personne ; qui s’en exprime par gestes de doigts, mines et guignemens des yeux, levres, etc. comme nous avons touché cy dessus : tellement qu’ils sont presque d’infinies sortes, à guise des notes et abbreviations Ciceroniennes ; car

Mais la pluspart de ceux dont j’ay veu user és cours des princes, consistent seulement en une multiplication de caracteres faicts à plaisir ; estimans que pour estre bizarres, incogneuz, et en grand nombre, le sens qui y est contenu ne pourra estre descouvert sans la communication de l’alphabet ; car les voyelles, par ce qu’elles sont plus frequentes que les autres lettres, y sont triplees et quadruplees voire plus ; et le reste à l’equipolent ; avec des doubles, des nulles, et tout plein de notes à part, qui designent chacune un mot ; comme Empereur, Roy, armes, vivres, Galleres, et autres semblables : Nonobstant tout celà neaumoins l’industrieuse et vive conjecture des hommes ne laisse d’en venir à bout, et penetrer dans le secret ; bien qu’avec un travail extreme d’esprit, et un rompement inestimable de teste. Car je me resouviens d’avoir veu en mes jeunes ans, estant nourry nuorry avec le general Bayard, premier secretaire d’estat du grand Roy François, feu monsieur de la Bourdaiziere ayeul de ceux qui vivent pour le jourd’huy, avoir souvente-fois dechiffré, sans l’alphabet faut-il entendre, plusieurs depesches intercettes, en Espagnol, Italian, Allemand, ores qu’il n’y entendist rien, ou bien peu, avec une patience

Chiffres plus exquis que ceux dont on use és cours des Princes.

Et pourtant, laissant là toutes ces forests inutiles de caracteres multipliez sans propos, j’en ameneray icy de plus rares et plus subtils ; et dont il est non que malaisé, mais impossible d’en venir à bout, quand bien mesme l’on en auroit mille et mille fois l’alphabet : lequel outre-plus ne se peult jamais perdre ny esgarer, qu’il ne demeure tousjours empraint en vostre memoire, pour le redresser en tous lieux par coeur, et à toutes heures que vou-vous en voudrez servir ; sans qu’il soit besoin de le charier autrement avec vous, qu’en vostre pensee ; ne qu’il puisse estre communiqué à personne, qui s’en peust servir sans vostre cointelligence et consentement. Car un mesme alphabet peult servir à tous les vivants de la terre, et en tous langages, qui pour cela ne pourront rien comprendre ny desvelopper des intentions les uns des autres, s’ils ne s’entr’entendent : Toutes choses qui de primeface sembleroient non moins estranges et incroyables que les promesses de l’Abbé Tritheme ; et neantmoins apres en avoir sceu l’artifice, ce n’est par maniere de dire que jeu. Car tout gist és clefs, qui se peuvent infiniment

PREMIEREMENT donques je mettray le chiffre, que j’attribue quant à moy à un certain Belasio de la suitte du Cardinal de Carpi, pour avoir esté le premier de tous ceux dont j’ay eu cognoissance, qui le practiqua et mit en avant l’an 1549. que je fuz à Rome la premiere fois : Car le livre cy devant allegué

OR en tous ces changemens et transpositions de lettres communes, il ne se trouve point de sens en appert avant que d’en lever le masque, c’est à dire les remettre en leur deuë assiette suitte et valeur, nomplus qu’en des caracteres faits à plaisir ; mais on les prend pour estre plus en main, et aisees à figurer : Trop bien seroit-ce le meilleur qu’il y en eust, pour oster toute soupçon de chiffre, qui est le souverain but de cest artifice, auquel plusieurs ont aspiré, la plus-part d’iceux sans effect, comme il se dira vers la fin. Tous les chiffres Hebraïques ont double sens, l’un appert et l’autre caché.

Mais ce n’est pas ainsi des chiffres Hebrieux, qui jamais ne sortent de leurs caracteres ; et si il y a tousjours quelque sens de grand mystere et importance ; pour raison qu’ils tiennent leurdits caracteres estre divins, et formez de la propre main de Dieu mesme ; Scriptura quoque Dei erat sculpta in tabulis, en Exode 32. Et ce avant la creation du monde, comme met Rabbi Moyse Egyptien au 65. cha. du premier livre de son directeur, apres le Talmud au livre de Pesah seni pasque seconde ; esquels caracteres il n’y a rien de frivole ny d’oisif, et sans quelque occulte signifiance en leurs figures, assemblemens, separations, tortuositez, directions, defaillances, surcrez, grandeur, petitesse, conformité de similitude, tiltres, accents, coronemens, cloison, ouverture, suitte, valeur, et disposition. Et pource que les Hebrieux n’ont point particulierement de voyelles

Les Juifs de tout temps un peuple fort particulier.

Aussi sont-ils tous carrez et sans aucunes de ces liaisons telles qu’on voit en l’escriture Syriaque, et en l’Arabesque, fort gentilles et de plaisant aspect, pour monstrer que ceste langue, ny l’escriture, ny le peuple, n’ont jamais rien eu de commun avec les autres nations, ains sont tousjours demeurez à par-eux, comme une chose separee du reste de la generation des hommes. La loy au surplus, à propos de ceste escriture, que Dieu donna à Moyse és deux tables susdites, estoit escrite toût d’une teneur, sans aucune separation de syllabes, ne de dictions ; et persees à jour de costé et d’autre ; Merveilleuse escriture des dix commandemens de la loy.

Si que chacun, à ce que disent les Rabbins, y lisoit diversement à sa fantasie, à la main droicte, et à la gauche, par le devant, et à l’envers ; du hault en bas, du bas en hault ; Moyse s’en retenant devers luy la vraye intelligence occulte, selon que Dieu la luy avoit revelee ; dont le secret consistoit, partie en la forme des caracteres, partie en la vraye et propre distinction des vocables : Ce qui ne se trouve pas de la sorte és autres langues et escritures, parquoy ces mysteres ne s’y peuvent representer bonnement ; bien qu’elles en soient pas du tout

Trois choses requises és prieres qu’on fait à Dieu.

Toutes-fois le Zohar adjouste que trois choses sont requises pour obtenir l’effect et benediction de noz prieres ; assavoir la pensee, l’intention, et la parole ; la pensee, par ce que l’oraison ne doit estre inconsiderément

O divine ame estant si estimee,

Qui te pourra loüer qu’en se taisant ?

Car la parole est tousjours supprimee ;

MAIS à quel propos ceste soubs digression encore de ce tant valeureux et magnagnime Prince ? afin de raviver tousjours en passant quelque estincelle de sa tres-heureuse recommendation et memoire ; pour avoir en ses jours restauré les arts, sciences et bonnes lettres, lors ensevelies de treslongue main ; et banny l’ignorance et la barbarie non tant seulement de son peuple, mais de toute la

chrestienté aussi ;

— Quíque per artes

Fluctibus è tantis vitam, tantísque tenebris ;

In tam tranquilla, et tam clara luce locauit ;

comme dit le Poëte Lucrece : Et ce, entre autres choses, par l’introduction des lecteurs publiques ; l’une des plus grandes commoditez et secours que les estudes puissent avoir, voire comme une vraye pepiniere et seminaire des bonnes lettres : enquoy deux ou trois mille escus qu’il peut avoir employé tous les ans, durant la moitié seulement de son regne, car il en avoit des-ja bien commandé quinze, lors qu’il entreprit ce bon oeuvre, luy ont plus acquis d’honneur et de gloire, de louange, de graces, remerciemens, et de bien-vueillance engravée au fonds du coeur d’infinis excellens personnages, que cent millions de millions d’or, si autant s’en pouvoit recouvrer, qu’il eust peu despendre apres des guerres et conquestes plus memorables que celles d’Alexandre le grand, de Pompee, ny Julles Cesar : Plus que tous les insolents edifices des Roys d’Egypte ; ny que toutes

CE GRAND ROY donques fut le restaurateur et pere des lettres envers son peuple ; et comme un autre Apollon au milieu de la sacree trouppe des Muses sur le mont Heliconien. Mais j’en changeray icy la signifiance avec le propos ; et les prendray pour les caracteres de l’escriture Hebraique ; vingt deux en nombre, dont il y en a cinq de redoublez pour mettre à la fin des vocables, et par ce moien accomplir le nombre de vingt sept ; cube du sacré terneraire, ouquel Platon s’estudie de demonstrer dans son Timee, que le monde a esté creé ; comme tenant lieu du masle, de l’agent, et de la forme ; avec le huit, le cube d’autre part du binaire ou du deux, qui represente la femelle, le patient, et la matiere : Enquoy, comme en tout le reste de sa doctrine, il s’est conformé aux traditions Mosaiques, touchant mesme ce nombre de 27. car le semblable se trouve dans le livre de Jezirah, et celuy du Zohar bien au long ; où il est expressement dict, que le monde fut fabriqué par les 22. lettres de l’alphabet ; dont il y en a trois qui conviennent aux trois Elemens, ainsi que nous deduirons plus

Rapport des lettres de l’alphabet Hebraïque, aux choses creées.

Par les lettres donques sont representees toutes les parties des composez, et sont comme la matiere d’iceux : par les points, toutes les sortes des formes qui les vivifient : et par les accents, toutes les deues operations de la matiere et de la forme jointes ensemble à la constitution d’un corps, correspondantes à leurs principes celestes, et à leurs divines Idees : desquels trois viennent à estre produites non seulement les especes des choses, mais les individuz mesme d’icelles. Et ont esté les Cabalistes si speculatifs, paraventure trop curieux, entant que la conjecture de l’esprit humain s’est peu estendre, de penser par les divers assemblemens des lettres, atteindre à sçavoir le nombre des choses creées ; qui se pourroit bien supputer, mais nompas proferer, ny presque comprendre, fors de celuy qui sçait le compte des estoilles, et leur donne à toutes des noms ; des poils estans en nostre teste, et tout le reste de la personne ; des grains de sablon ; et goutes de pluye : Car de la diversité des Ziruphs, ou accouplemens, et suittes de lettres, sans aucun meslange de points, vient à resulter un nombre, qui est autant comme infiny pour nostre regard ; assavoir 112400259082719680000. Que si l’on y veut adjouster les points, le nombre ne se pourroit pas exprimer, ny concevoir presque de nous ; combien qu’Archimede en son traicté de l’Arene se soit ingeré de trouver une maniere de compter יהוה, qui representent les quatre Elemens : Et de là resulte finablement toute la diverse multitude des individus, causee de la varieté de ces premieres et secondes influxions et decoulemens en tout ce qui a esté produit et se produira jusques à la consommation du siecle : lesquelles influxions susdites sont representees envers les Hebrieux par les lettres de leur alphabet, qui contiennent toutes sortes de proportions numerales ; et à l’endroit des Pythagoriciens et Platoniciens par les nombres ; le tout neantmoins tendant à un mesme but et effect.

Distinction des nombres.

Mais il ne faut pas entendre ces nombres-là estre les vocaux ou vulgaires, dont nous comptons communément ; ny pour le regard des caracteres ou lettres, celles de l’escriture nomplus ; ains ce qui est representé par les nombres formels ou celestes, et les rationnels ou divins : Car rien ne se peut exprimer, ny de parole ny par escrit, qui n’aye Estre ; parce que de ce qui n’est point, il n’y a point aussi de mots : et pourtant tout caractere qui exprime, correspond à la chose qui en est exprimee ; et tout nombre pareillement à ce qui est nombré d’icelui, et aux choses qui sont distinguees

Considerations admirables touchant les lettres Hebraïques ; et l’escriture qui en est formee.

Poursuivant lequel nous disons, que ces 22. caracteres de lettres selon ce que dessus, sont les Idees de toutes les creatures formees, et à former : Car ainsi comme toutes choses se cognoissent par leur droite appellation, laquelle ne nous peult estre representee que par la parole ou l’escriture, dont la peinture et sculture avec tels autres arts qu’on appelle imitatrices, sont son comme une branche et dependance ; par consequent outre ce que l’escriture est plus spirituelle que la parole, et les mots escrits plus pregnans pour nous manifester l’essence de la chose qu’ils representent, que les proferez de vive voix, d’autant qu’on y insiste plus ; il y a tout plein de mysteres à considerer à loisir en la figure des caracteres, que les paroles qui passent viste comme une flesche bien empennee, dont Homere les auroit appellees épéa pléroénta, ne nous permettent pas d’observer si exactement ; et ne le pourrions en sorte quelconque sans le moien de l’Escriture ; si qu’il n’y a rien de plus propre pour demonstrer l’ordre de la composition des substances. Car tout ainsi que les שדי Sadai, car l’un et l’autre font 314. Les traditions desquels outre-plus portent, que l’escriture de Dieu est en la convexité exterieure de toute la machine du monde ; à quoy bat ce que veult dire Rabbi Ramban Gerundense ; Que par la Cabale il nous appert l’escriture avoir esté un feu obscur et caligineux, sur le doz d’un feu blanc et resplendissant à merveilles : Lequel feu obscur ou premier, assavoir l’obscurité de l’ancienne loy ; Moyse Egyptien au second livre se son directeur, chap. 31. appelle tenebres, suivant (dit-il) ce qui est contenu au Deuteronome 4. Il y avoit sur le mont Oreb des tenebres, nuees espoisses, et grande obscurité ; Et le

Seigneur parla à vous du milieu du feu : Resumant puisapres le mesme au 5. ensuivant ; Apres que vous avez oy sa voix du milieu des tenebres. Mais en Dieu les tenebres et la lumiere sont une mesme chose, comme le porte tout apertement le pseaume 139. Sicut tenebrae eius, ita et lumen eius ; ce qu’a voulu imiter Mahomet en la 65. Azoare de son Alchoran ; Vobis ignem clarum atque fumosum immittam : Et pour le regard du feu blanc et resplendissant, le mesme Rabbi fils de Maimon, met que le feu noir represente la terre ; le rouge l’eau ; le bleu l’air ; et le blanc, le ciel. Au surplus l’escriture des anges, dont nous parlerons plus-amplement cy apres, est par le dedans, au creux assavoir, et concavité du ciel ; à propos de ce qui est dit en l’Apocalypse chap. 5. Je vis en la main droicte de

LA TABLE des Ziruphs suivante (ce sont divers assemblemens de deux lettres, et les permutations qui peuvent estre de l’une en l’autre) est extraite du Jezirah, et par nous inseree icy, pour monstrer en premier lieu la grande antiquité des chiffres : En apres pour tousjours de plus en plus esclarcir ce que nous avons des-ja dit cy devant, que tous les artifices des chifres sont premierement venus des Hebrieux : faire veoir outreplus que la premiere et seconde table des 46. et 50. fueillets, quiconque en ayent esté les autheurs ; et les autres encore des chiffres doubles et carrez qui se traicteront en leur lieu, ont esté empruntees de ces tables icy des Ziruphs. Surquoy ceux qui seront soigneux d’un peu mediter à loisir, trouveront sans doubte plusieurs autres belles manieres d’escrire, que pour cause de briefveté nous laissons tout expres à leurs curieuses recherches, et dexterité d’esprit : car c’est la vraye racine et le fondement יהוה ; tiré de l’ Ethbas, ou 22. et dernier alphabet des Ziruphs et commutations, comme vous pouvez voir icy, où le מ Mem est mis pour le י Jod ; צ Tsaddi pour ה He ; פּ Pe pour ו Vau ; et צ Tsaddi derechef pour ה He. Et est ce mot composé de Maz, qui au 5. et 6. ordre des conjugaisons des verbes Hebrieux, signifie, a Succé et esprint ; ce qui convient au Malchut, le Sephirot ou numeration de la Lune, qui reçoit toutes les impressions d’enhault, pour les pressurer et espreindre audessous ; et de Paz, qui en la premiere conjugaison veult autant à dire que s’escrier et chanter de joye ; selon

OUTREPLUS pour rendre la dessusdite table entiere et complecte, d’une nous en avons fait deux : dont ceste premiere suivante la represente : et l’autre d’apres est sa renversee : esquelles deux, selon la double dimension de la superfice en longueur et largeur, sont parfaictes et accomplies toutes les revolutions

MAIS il y a d’autres choses à considerer en ces caracteres que pour s’en servir en un simple usage de chiffres ; combien que ceux qui y voudront mediter un peu

CE CARRÉ donques est comparty en quatre autres moindres carrez tous egaux, par les deux lignes marquees de rouge s’entrecroisantes à angles droits à travers le centre ; et en autant de grands triangles egaux entr’eux, et aux carrez, par deux autres lignes.

La Kabbale dans le Traité des Chiffres, Blaise de Vigenère