Traduction d’une partie de l’ouvrage de Carlo Suarès : The Cipher of Genesis portant sur l’interprétation du premier mot de la Genèse : Bereshit.

En ce qui concerne la création d’Adam et de Eve, nous espérons que vous avez admiré la manière avec laquelle la déité a rendu complexe cette opération. Pour elle, qui avait dû simplement parler afin de créer l’univers en un temps très court, pourquoi a-t-il été nécessaire, avant de créer l’homme et la femme, de se réduire elle-même à des proportions humaines ?

Tout ce que nous désirons souligner est que des esprits sérieux, incapables d’accepter certaines parties du texte, passent simplement les passages les plus troublants, les plaçant, en fait, en dehors de la Révélation à proprement parler. De telles personnes pensent qu’elles ont fait montre d’une indulgence très grande en passant sur de nombreux détails stupides de l’ancien folklore qu’elles considèrent comme issus de l’ignorance des copistes. Mais, étrangement, ces passages particuliers, relus dans leur original de nombres-lettres, révèlent souvent des significations que nous ne pouvons que difficilement ignorer. Nous avons déjà dit qu’il est possible de réconcilier les deux lectures, la traduction familière et la lecture directe des lettres-nombres dans le texte original hébreu. Si nous désirons lire le texte mis en place pour des adultes, nous devons donc abandonner les mauvaises traductions qui furent si courantes depuis si longtemps.

Deux questions surviennent : pourquoi cette histoire est-elle toujours lue à l’envers, et pourquoi cette version jouit-elle d’une si grande popularité ? La réponse surgit d’une profonde vérité psychologique. L’histoire, dans sa véritable nature, est effrayante. Mais comment peut-on être effrayé par elle si on ne la comprend pas ? La réponse est que la psyché sait inconsciemment que cette histoire est dangereusement déroutante. Elle créé un tabou religieux afin de se protéger elle-même. L’enseignement qui résulte de cette traduction est que l’humanité doit rester dans un état infantile et doit obéir à ceux qui parlent au nom du « père » situé dans les cieux. Le dogme du péché originel comme désobéissance est maintenu afin d’empêcher les découvertes déconcertantes concernant cette déité. (pages 110-111)

… Les lettres-nombres hébraïques individuelles selon le code.

Les neuf premières lettres sont les archétypes des nombres de 1 à 9.

Aleph, la première lettre, est l’impensable vie-mort, le principe abstrait de tout ce qui est et n’est pas.

Beth (ou Veth), la seconde lettre, est l’archétype de toutes les « demeures », de tous les contenants, le support physique sans lequel rien ne peut être.

Guimel, la troisième, est le mouvement organique du Beth animé par le Aleph.

Daleth, la quatrième, est l’existence physique, en tant que réponse à la vie, de tout ce qui, par nature, est organiquement actif avec Guimel. Là où la structure est inorganique, le Daleth est sa propre résistance à la destruction.

Hé, la cinquième, est l’archétype de la vie universelle. Lorsqu’elle est conférée au Daleth, elle lui permet de jouer le jeu de l’existence, en partenariat avec le processus de vie-mort,

Vav, la sixième, exprime l’agent fertilisateur, celui qui imprègne. C’est le résultat direct du Hé sur le Daleth.

Zaïn, la septième, est l’achèvement de toute imprégnation vitale : ce nombre ouvre le champ de toutes les possibilités.

Heth, la huitième, est la sphère de l’entreposage de toute énergie, ou substance non construite. Elle exprime le plus haut état de l’énergie, opposé à la liberté achevée de Zaïn.

Teth, la neuvième, est l’archétype de toute énergie femelle, attirant la vie du Heth et la construisant graduellement en structures.

Voici l’équation fondamentale posée et développée dans la Genèse.

Les neuf lettres suivantes, du Yod, la dixième, au Tsadé, de valeur 90, décrivent le processus des neuf archétypes dans leur existence factuelle et conditionnée : leur projection dans la manifestation étant toujours un multiple de 10.

Les neuf multiples de 100 expriment les archétypes exaltés dans leur état cosmique.

Le nombre 1000 est écrit avec un aleph élargi, mais est rarement utilisé. Il exprime la puissance suprême, une énergie cosmique formidable, intemporelle et impensable.

L’étude de ces multiples de 10 et de 100 est par conséquent l’étude des archétypes dans leurs diverses sphères d’émanation.

Aleph – Yod – Qof (1.10.100) : tandis que Aleph (1) est le battement, ou la pulsation de la vie-mort-vie mort, Yod (10) est sa projection dans la continuité temporelle. Ainsi, Yod (la main en hébreu) est l’opposé du Aleph, son partenaire jouant contre lui dans le jeu sans lequel rien ne serait. Le Qof (100) est le symbole le plus difficile à comprendre. Il inclut l’Aleph exalté en ses principes et agissant cependant, au travers de sa projection, contre lui-même, étant ainsi cosmiquement mortel. Cela est perceptible dans Caïn qui est le destructeur des illusions.

Beth – Kaf – Resh (2.20.200) : tandis que le Beth (2), archétype de tous contenants, a sa racine dans la résistance cosmique à la vie, Kaf (20) – en hébreu la paume de la main – est prêt à recevoir ce qui vient de Resh (200), le contenant universel de toute existence, qui a sa racine dans l’intense mouvement organique de l’univers.

Guimel – Lamed – Shin (3.30.300) : ces trois lettres-nombres expriment un mouvement d’accroissement progressif, de l’action fonctionnelle incontrôlée de Guimel (3), au travers de l’agent connecteur Lamed (30), allant jusqu’au Shin (300) universel, mystiquement considéré comme l’Esprit ou le souffle de Dieu.

Daleth – Mem – Tav (4.40.400) : La résistance physique aux structures, le Daleth (4) trouve son pourvoyeur dans les eaux maternelles, le Mem (40), d’où toutes vies à son origine. Le Tav (400) est l’exaltation de l’existence cosmique entière dans sa plus grande capacité à résister à la vie-mort. La racine Daleth-Mem (Dam) est « sang » en hébreu et la racine Mem-Tav (Mot) est « mort ». Ainsi, les deux unis ensemble expriment le cycle complet de l’existence.

Hé – Nun – Kaf final (5.50.500) : La vie universelle, Hé (5), est condensée dans les existences individuelles en tant que Nun (50) et est exaltée cosmiquement en tant que Kaf final (500).

Vav – Samech – Mem final (6.60.600) : Vav (6) est l’agent mâle de la fertilité, Samech (60) l’agent femelle. Mem final (600) en est l’achèvement cosmique dans la partie intelligente et immatérielle de l’homme et de la chair. En hébreu, le Vav maintient son caractère grammaticalement en tant qu’agent connecteur.

Zaïn – Ayn – Nun final (7.70.700) : Zaïn (7) est une ouverture vers toutes les possibilités qui a sa source et sa vision dans Ayn (70), qui est le mot pour oeil en hébreu. Il est exalté en Nun final (700), ce nombre exprimant le principe du jeu des énergies au travers de l’univers, le principe de l’indétermination dans lequel la vie elle-même est sauve. Nous retrouvons ici encore Caïn.

Heth – Pé – Pé final (8.80.800) : Dans toutes les sphères de l’émanation, de la plus dense jusqu’à la plus raréfiée des essences, ces nombres se tiennent comme substance primordiale, la réserve inépuisable d’énergie indifférenciée et non structurée.

Teth – Tsadé – Tsadé final (9.90.900) : Ces idéogrammes expriment une progression ascendante de la plus simple et plus primitive cellule (ou énergie structurelle féminine) jusqu’aux symboles transfigurés de la féminité, sociaux et mythiques.

Le livre de la Genèse commence par une série de lettres-nombres qui forment un schéma qui est lu Bereshith, et qui ne signifie par « au commencement ».

Il comprend Beth (2), Resh (200), Aleph (1), Shin (300), Yod (10) et Tav (400).

Beth (2) : tout ce qui existe est le conditionnement de la vie et la vie du conditionnement. Tout ce qui existe est à la fois interne et externe. Chaque germe de vie a une enveloppe qui dérive de son mouvement à partir d’une grande force cosmique jusqu’à la vie qui est éruption de l’intérieur (si la coquille n’offre pas la bonne mesure de résistance, le poussin ne peut en sortir). Toute cette dualité de l’existence – et de notre pensée – est induite par ce 2.

Resh (200) : tandis que 2 est multiplié par 100, Resh représente la totalité de l’univers de l’espace interstellaire, des myriades d’étoiles et de planètes; tout est conditionnement de la vie et la vie du conditionnement. Cette grande demeure cosmique de la vie, qui retient la vie manifestée selon ses capacités (200). Elle comprend la totalité de la nature, toute existence : les myriades et les myriades des gouttes d’eau, des brins d’herbe, des cellules vivantes, et des myriades infinies des éléments du vivant dans les éléments. Resh (épelé Resh Yod Shin) donne naissance à Shin, le grand souffle cosmique qui est partout et en tout.

Aleph (1) : et regardez, résidant dans cette immense demeure, au sein des innombrables demeures, partout existe l’immanence créatrice, spontanée, toujours fraîche et neuve, impérissable pulsation de la vie ; étincelle récurrente; vie-mort, mort-vie, résurrection élusive, intemporelle. Sa manifestation peut être perçue et pensée de cette unique manière. L’impensable a pour symbole l’Aleph (1). L’Aleph est toujours lui-même et jamais lui-même. Il est toujours récurrent, jamais pensé de la même manière. Aleph créé, il est création, il n’est pas créé, cependant il existe. Il n’a pas d’existence, car toute existence est continue. Il n’a pas de mémoire, n’ayant pas de passé. Il n’a aucun but, n’ayant aucun futur. Si on le retient, il reste captif. Si on l’enterre, il reste enterré. Si on l’écarte ses obstacles, il est action. Il détruit les résistances, et cependant les résistances ne sont jamais détruites par lui. Sans cela, l’aleph ne peut devenir manifeste. Sans Aleph, il n’y aurait rien du tout. Telle est l’image de l’Aleph. Aleph est par lui-même au-delà de toute conscience, humaine ou cosmique. L’image d’Aleph est seulement une image, car Aleph n’appartient ni au temps ni à l’espace. Aleph est au-delà du domaine de notre pensée , au-delà de la portée de notre esprit.

Shin (300) : mouvement cosmique prodigieux. Mouvement de tout ce qui existe. Tous les organismes vivent au travers du Shin (300), soit au travers soit contre son action, car Shin est similaire à un souffle puissant qui vivifie et emporte. Seule la plus grande faiblesse peut lui échapper ou s’y opposer.

Yod (10) : existence qui trahit et satisfait la vie, tout à la fois. Continuité dans la durée de ce que la durée détruit. Yod, protection du Aleph, confère la réalité à tout ce qui tend à enterrer Aleph (mort ou vif). Le Yod temporel est manifesté en existence au temps de l’Aleph, l’intemporel, l’incommensurable.

Tav (400) : Tav est la résistance cosmique au souffle de vie qui l’anime. Sans cette résistance du Tav (400), la vie ne pourrait advenir é l’existence. Cette résistance à la vie est celle qui permet à la vie de produire ses formes manifestes prodigieusement variées.

Tel est le premier aperçu de l’intraduisible Bereshit.

Suares, Carlo, The Cipher of Genesis, p.47-53. Traduction française Spartakus FreeMann, Nadir de Libertalia, novembre 2005 e.v.