Kabbale en Ligne v.6

Hokhmah

Par Spartakus FreeMann

Hokhmah.

חכמה

« Que Tes oeuvres sont grandes, יהוה, Tu les as toutes faites avec Sagesse » (Psaumes 104, 24).

Hokhmah est un terme hébreu qui signifie « sagesse »; et la Kabbale est la voie de réalisation de la « Hockmah nitsarah », la « Sagesse cachée ». Pour le kabbaliste, la Hokhmah n’est pas une pure conception philosophique abstraite, mais une réalité primordiale, dont l’expérimentation amène à la réintégration divine, par l’union du monde d’En haut et du monde d’En bas.

La Hokhmah est ainsi la Sagesse, la Sapientia, l’omniscience et l’omnipotence divines.

Traditionnellement, la place de Hokhmah dans l’Arbre de Vie se situe au sommet du Pilier de Miséricorde, Miséricorde qui devient évidente en considérant ce jaillissement issu de Kether comme un don si fort et si total de l’Énergie elle-même que son effet se fait sentir jusqu’aux plans les plus sombres et les plus denses des mondes inférieurs.

La Seconde émanation a pour nom Sagesse car « elle est cachée et mystérieuse, une réalité qui n’a ni limite ni fin, elle est le secret de la Sagesse car elle est une chose inaccessible qui réside dans la Pensée » (Moïse de Léon, « Fragment sans titre », fol. 363b). D’elle, le Bahir nous dit : « La deuxième parole est Hokhmah dont il est écrit « יהוה m’a acquise au début de sa voie, avant ses oeuvres les plus anciennes » (Prov. 8, 22) ; et il n’y a point de « début » en dehors de Hokhmah, car il est écrit « Le début de la Hockmah c’est la crainte de יהוה » (Psaumes 111, 10) ». Crainte est Yrah – יראה – un des noms de la Hokhmah selon le Shaarei Orah de Gikatila.

La tradition qualifie ainsi Hokhmah dans le texte des Trente-deux Sentiers de la Sagesse : « Le second sentier est celui de l’Intelligence Illuminante : c’est la Couronne de la Création, la Splendeur de l’Unité, égalant celle-ci, et elle est exaltée au-dessus de chaque tête, et les Kabbalistes la nomment la Seconde Gloire ».

Ce texte nous montre clairement que le pouvoir jaillissant de Kether (la Couronne Suprême) en action positive est reçu par Hokhmah qui le transmet en Action positive dynamique dans la Création. Voilà pourquoi Hokhmah est appelée la Seconde Gloire. Car d’elle-même elle ne fait rien, elle n’agit qu’avec Kether dont elle redistribue la Lumière aux autres Sephiroth. Alors que Kether est la Volonté Divine, le « Je », Ani אני, de la Création, celui-ci doit encore être réalisé, le « Je » doit devenir un « Je suis », Ehyeh אהוה, et cela est réalisé en Hokhmah.

La Sagesse de Hokhmah révèle une connaissance subjective et intime qui est connue car interne et sans recours à un enseignement extérieur. Hokhmah est le royaume du Spirituel absolu qui manifeste l’Essence. C’est Hokhmah qui donne forme à la puissance latente et dormante de Kether et c’est pourquoi c’est en elle que le « Je » devient « Je suis ». La Lumière originelle émanée de Kether, descend au niveau de Hokhmah et la pénètre. Ensuite, la Lumière de Kether s’unit à la Lumière de la Hokhmah, et ensemble, elles descendent dans les autres Sephiroth.

Au niveau de la Guématria, nous pouvons déduire ce qui suit :

Heth ח – 8

Kaph כ – 20

Mem מ – 30

He ה – 5

Et donc, 63.

Dans l’analyse de la graphie des lettres, nous pouvons discerner tout de suite qu l’initiale de Hokhmah est le Heth, la Barrière, ce qui doit empêcher d’aller plus loin. Et il s’agit bien également du rôle de cette Sephira, être une barrière à l’accès de Kether qui est inaccessible au mortel. A ce sujet, le Tomer Devorah (Palmier de Déborah) nous dit « La Sagesse a deux faces : une face supérieure tournée vers la Couronne (Kether), qui ne regarde pas en bas mais reçois d’en haut ; une seconde face, inférieure, est tournée vers le bas pour veiller aux Sephiroth » (Moïse Cordovéro, Tomer Devorah, p.83, éditions Verdiers).

Un ami me disait un jour « ne lis pas « Hokhmah », Sagesse, mais « Rosh Mah », « Tête du Quoi », ce Quoi, ce Mah, מה, c’est le monde d’En-bas. Ainsi, la Sagesse est le principe de notre monde, la ligne qui doit en être directrice ». Ce qui répond quelque peu au : « Que signifie « sagesse » (חכמה) ? Attends (‘hakeh – חכ) quelque chose (mah – מה) » (voir Le Sicle du Sanctuaire de Moïse de Léon, p. 119).

Hokhmah, la Sagesse, est également « le palais » (hekh, חך) du « quoi » (mah, מה), les secrets du monde (représenté par le Mah) sont dans la Sagesse divine comme il est dit : « יהוה m’a conçue principe de son chemin, avant ses oeuvres, depuis toujours » (Proverbes 8, 22).

Dans son Guide des Egarés, Maïmonides nous dit au sujet de la Hokhmah : « ce mot, dans la langue hébraïque s’emploie dans quatre sens : 1° il se dit de la perception des vérités qui ont pour dernier but la perception de Dieu » (Guide des Egarés, p. 629, éditions Verdiers).

Afin de bien comprendre la place de la Hokhmah dans le cycle des Émanations divines, il est utile de citer ici le verset 54 du Sefer ha-Bahir : « Ceci se compare à un roi qui avait une fille bonne, agréable, belle, parfaite. Il la maria à un prince, la vêtit richement avec couronne et parures. Il lui donna une grande dot. Le roi peut-il désormais vivre en dehors de sa maison ? Tu as dit : Non. Lui est-il possible de rester toute la journée avec elle ? Tu as dit : Non. Que fit-il ? Il aménagea une fenêtre entre lui et elle, et chaque fois que la fille a besoin de son père ou le père de sa fille, ils communiquent à travers cette fenêtre… ».

Le Roi représente dans ce texte la Hokhmah (Sagesse), et la fille, la Malkuth (Royaume), l’archétype du féminin, le lieu de la Présence Divine, la Shekhinah. Elle est la fille qui a donné naissance à toutes choses (voir à ce sujet le texte sur Kether où nous insistons sur ce fait). Le Roi se retire et se restreint en laissant une « fenêtre » à travers laquelle il peut communiquer avec sa fille ; cette fenêtre restreint l’espace, mais peut être ouverte à souhait. C’est la lettre He ה du Tétragramme יהוה, dont il est dit qu’elle représente les cinq niveaux de l’âme ; ils sont voilés mais servent de « fenêtre » vers Dieu.

Ces personnifications : père, mère, fille sont aussi représentatives de la doctrine du Zohar car, traditionnellement, chaque Sephira désigne ainsi une « personne » divine :

– Kether est l’Atika Kadisha, le Vieillard sacré ; ou encore l’Arik Anpin, le Grand Visage (Longanimité). Le niveau de l’âme correspondant se situe dans l’Adam Qadmon et s’appelle la Yehidah, l’unité.

– Hokhmah est Abba אב, le Père. Le niveau de l’âme correspondant se situe dans le monde d’Atsilouth et s’appelle la Hayah, la vitalité. Hokhmah en tant qu’image divine « Père » est le Père de tout, le Père Suprême, force virile et masculine. Et Hokhmah est le Père de tous les existants comme il est dit : « Que tes oeuvres sont grandes, ô יהוה, tu les as TOUTES faites avec Sagesse » (Psaumes 104, 24).

Binah est Imma, la Mère. Le niveau de l’âme correspondant se situe dans le monde de Beriah et s’appelle la Néshamah, la respiration.

– Les six Sephiroth suivantes forment le Zeïr Anpin, le Petit Visage. Le niveau de l’âme qui lui correspond se situe dans le monde de Yetsirah et s’appelle la Rouach, l’esprit. On peut l’associer à la personne du Fils.

– Malkuth est la Nequevah, la Femelle, l’Épouse du Roi. Le niveau de l’âme correspondant se situe dans le monde d’Assiah et s’appelle la Nefesh, l’âme.

La couleur de la Sephira :

Selon le Pardès Rimonim de Cordovero, neuvième Porte, Kaplan énumère les Sephiroth et leurs couleurs comme suit : Kether (Couronne) – blanc invisible ; Hokhmah (Sagesse) – une couleur qui inclut toutes couleurs; Binah (Compréhension) – jaune et vert; Hessed (Bonté) – blanc et argent ; Guebourah (Force) – rouge et or ; Tifereth (Beauté) – jaune et violette ; Netzach (Victoire) – rose clair; Hod (Splendeur) – rose sombre; Yessod (Fondation) – orange ; Malkhut (Royaume) – Bleu.

Pour continuer sur le symbolisme de la couleur, il est utile de reproduire ici ce long passage de Gikatila : « Toutefois, Hokhmah, secret de l’avant et de l’arrière, à deux yeux, au sujet desquels il est dit :  » Ses yeux sont des colombes, au bord des cours d’eau » (Cantiques 5:12), telles des colombes : « Nul ne lèse sa compagne » (Lévitique 25:17). Parfois ils sont fertiles et bons, dans le secret de l’avant et de l’Onég, parfois ils brisent et anéantissent par le secret de l’arrière et de Négâ. Mais lorsque l’oeil unique se manifeste sur les yeux appelés colombes, alors tous deviennent Miséricorde et existence. Les créatures se trouvent alors dans une époque propice, par la grâce de l’oeil unique. Alors les deux colombes deviennent soeurs dans l’oeil unique, fondement de la blancheur céleste. Il est dit :  » Ses yeux sont des colombes, au bord des cours d’eau se baignant dans le lait, habitent en plénitude » (Cantique 5:12). Sur la plénitude littéralement. « Se baignant dans le lait », sous-entend « dans la blancheur. C’est pour cela que dans la Blancheur unique, il n’y a que blancheur et que Salomon a dit : « Le bon oeil sera béni, car il donne de son pain au pauvre » (Proverbes 22:9), écrit sans le Vav […] Cependant le rouge de Hokhmah n’est pas essentiel, c’est la blancheur qui est le secret de son existence et de sa vérité. Pour elle le rouge est additionnel, car du côté postérieur. Le blanc est la substance de Hokhmah, qui est Miséricorde du côté de la Blancheur et une part de Din et d’anéantissement du côté de Binah rouge. Par contre, au sujet de Binah, secret de l’arrière, sa substance est rouge, et le blanc est auxiliaire pour elle. C’est la raison pour laquelle, à partir de Hokhmah, l’attribut Rah’amim (Miséricorde) se déverse du côté droit, qui est Abraham ». (« Secret de la couleur » par Gikatila, traduction par Virya).

Les Noms de la Hokhmah.

Hokhmah est également nommée « La Racine du Feu ».

Noms divins de deux lettres Yah (יה)

El (אל)

Nom de quatre lettres YHVH (יהוה).

Il est ici instructif de méditer sur cette transformation du Nom divin en Kether, qui est Ehyeh (אהוה) en Nom divin יהוה, le Tétragramme, en Hokhmah. Le passage du Aleph א, 1, au Yod י, 10. Le passage du monde archétypal au monde de la Formation.

Les permutations des quatre lettres du Tétragramme sont au nombre de 12 et sont appelées par la Tradition « les douze bannières du Nom Puissant » auxquelles on associe également les douze signes du zodiaque (voir le lien avec le Nom angélique de Hokhmah, les Ophanim qui signifie les Roues (cycles dynamiques) et le Nom en Assiah : Mazloth, Zodiaque).

Hokhmah est encore appelée « La Robe Intérieure de Gloire », que l’on peut comprendre comme la lumière Intérieure.

Cette Sephira est également appelée Mah’shavah, Pensée, מחשבה, c’est-à-dire le point de la pensée, secret du commencement de l’expansion de Kether. La racine ‘Hashab, חשב, signifie « pensée ». On peut donc lire ce mot comme Mah ‘Hashab, מה חשב, « Quoi pensée », le sujet de la Pensée inconnaissable de Kether. Une autre lecture serait Mach Shahbah, מח שבה, Shahbah signifie « capturer » et Mach « cerveau ». Ce qui pourrait signifier que la Sagesse est la capture du ou par le cerveau.

La Kabbale appelle aussi la Hokhmah : « Moh’a » מח, le cerveau, car le cerveau est le reflet de la Sagesse. En effet, le cerveau est un réceptacle qui s’emplit, telle la Hokhmah, de la Lumière de l’intellect supérieur tout en en faisant bénéficier le monde d’en bas. Le cerveau est une potentialité qui peut ou non être utilisée. Ce développement doit bien sûr s’opérer dans le travail et l’effort afin de réaliser la potentialité. Et Virya de nous dire à ce propos : « Le développement de la sphère spirituelle qu’est la Hokhmah s’obtient par l’effort; dans la mystique cette volonté s’appelle « Hishtadlouth ». Ce terme vient de la racine « shidél » dont le sens est « exhorter », « encourager » ; en le permutant, ce mot devient « lishéd », « revigorer », « monter la sève ». La permutation dans un autre sens donne « shéléd », le « squelette », la charpente sur laquelle l’existence repose. L’Hishtadlouth est l’effort qui sert de charpente à notre force vitale et spirituelle ».

Selon le Shaarei Orah de Joseph Gikatila, les Nom suivants sont associés à la Hokhmah :

Yesh – יש ; Ratson – חצון ; Yod rishonah shel Shem (Premier point du Nom) -יוד ראשונה של שם ; Aba – אבא ; Eden – עדן.

Spartakus FreeMann, Nadir de Libertalia, 11 Adar 5765.

L’ancien des jours, William Blake


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